[livre] Adios Shéhérazade

08 01 2009

Putain ! Elle commence bien cette année et cette chronique si j’en juge par cet étalage gratuit de vulgarité. Mais il faut me comprendre ! Un grand Monsieur vient de s’éteindre laissant derrière lui une œuvre qui vous gardera haletant bien plus de mille et une nuits.

Il faut dire qu’il s’agissait d’un auteur américain prolifique avec plus de 90 livres à son actifs depuis 1960 dont un grand nombre ont subi des adaptations cinématographique plus ou moins réussies (plus moins que plus, pour être honnête).

Par une curieuse coïncidence, j’ai appris la triste nouvelle alors que je venais juste de m’offrir mes traditionnels deux livres du maître que je me paie à chaque retour au pays : « Pierre qui roule » écrit en 1970 et qui lance le flamboyant personnage de Dortmunter ainsi qu’un livre plus récent « Fire break » écrit en 2005 sous le pseudonyme de Richard Stark.

Vous voyez de qui je veux parler ?

Il s’agit bien entendu de Donald Westlake, alias Richard Stark, alias Tucker Coe, alias Samuel Holt, alias Edwin West, alias Curt Clark, alias Thimothy Culver, autant de pseudonymes derrière lesquels se cachait un stakanoviste à côté duquel Stephen King fait figure de fainéant.

Donald Westlake est un maître du roman noir.

Il a révolutionné le genre en y introduisant une bonne dose de nonsense. Un bel exemple est le personnage de Dortmunter, son héros favoris, sorte de cambrioleur aussi fou qu’absurde, capable du plus grand génie et de la plus grande bêtise mais assez cinglé pour se sortir des pétrins les plus fous (pour vous donner une bonne idée du personnage, voir « Payback » avec Mel Gibson inspiré d’un roman de Westlake).

Mais en 90 romans, Westlake s’est essayé à bien des genres. Le roman nonsense, délirant et d’une grande intelligence narrative (par exemple, « Adios Shéhérazade »), le polar classique, la satire sociale (par exemple, « Le couperet » qui a été adapté par Costa Gavras avec Garcia) mais il s’est aussi attaqué avec plus ou moins de succès à des mythes comme l’homme invisible (« Smoke ») ou encore la religion (« Trop humain »).

Mais le point commun à toute son œuvre reste l’humour, « comme moyen de faire naître l’émotion et la peur ».

Donald Westlake est décédé la nuit de la saint Sylvestre âgé de 75 ans mais il me reste encore bien des nuits à passer dans son univers.

Pour en savoir plus : http://www.donaldwestlake.com/




[création] Santons sous la pluie

04 01 2009

Préface

Par Jésus de N.

J’adore Owen Meany. Ce type est formidable. Alors quand son éditeur m’a demandé son aide dans ses prières, j’ai sauté sur l’occasion. « Seigneur, aide-moi à trouver quelqu’un qui acceptera de signer la préface de son livre », me disait-il chaque soir. J’ai décidé – brisant ainsi plusieurs millénaires de silence – de prendre la plume et de vanter ce cher Owen. Après tout, le libre arbitre c’est très surfait et si je peux donner un coup de pouce à un petit jeune, pourquoi pas.

Mais pourquoi lui, me demanderez-vous ? Il ne croit même pas en vous et ce texte est la preuve qu’il ne respecte rien !

Je suis la vie et la carrière d’Owen Meany depuis sa naissance. Bon, d’un autre côté, c’est un peu mon boulot de suivre ce que fait tout un chacun. Non pas que j’ai mon mot à dire mais c’est toujours sympa de se tenir au courant. Bref, Owen est un garçon plein de talent et très prometteur. Ce nouveau texte en est la preuve.

Pour la petite histoire, cette nouvelle lui a été inspirée alors qu’il fêtait mon anniversaire. Il se trouvait pour l’occasion chez sa belle-mère et il est tombé en extase devant la crèche en santons de Provence. Ces petites statuettes, représentations très libre des personnes présentes le jour de ma naissance combinée à des personnages clés du paysage provençal, dont on attribue l’origine à François d’Assise mais qui en fait ont été créés par un commerçant particulièrement inventif d’Aix, formaient une petite communauté des plus étonnantes. Owen s’est alors imaginé ce qu’aurait été ma naissance dans de telles conditions.

Je n’en dirai pas plus mais il n’est peut-être pas si loin de la vérité.

Sur ce, je vous laisse, j’ai du travail. Paix sur la terre et tout ca.

Jesus

--

1. Girls just wanna have fun

- « Peuchère, quel temps pourris. Il n’y a plus de saison !

- Par Jéhova, tu l’as dit ! Je me les gèle.

- Je vous ai déjà dit de ne pas jurer comme cela devant la petite !

- C’est sur qu’on pourrait choquer la pucelle. Ah ah ah. »

Un étrange cortège évoluait sous la froide pluie de décembre. La nuit allait bientôt tomber et en ces temps portant sur son dos son lot de merveilles et de modernités, les hommes continuaient à maudire les éléments comme au temps d’Abraham.

Ils étaient quatre. Deux hommes menaient la marche. Marius, un béret vissé sur le crâne et les boules de pétanque à la main, se chamaillait gaiment avec « le ravi », l’idiot de son village qui le suivait partout. Derrière eux, une très jeune femme, un foulard couvrant une abondante chevelure blonde, portait une robe bleue trop légère pour l’hiver de Judée. Détrempée par la pluie battante, elle lui collait au corps dont les rondeurs étaient synonymes de futures nuits blanches et nombreuses lessives. A ses côtés, se trouvait un berger protecteur, lui jetant des regards inquiets et suivit de son troupeau constitué en tout et pour tout de 3 agneaux.

Soudain, Marie, parce c’est ainsi que la jeune fille s’appelait, gémie de douleur. Le berger se précipita pour la soutenir, le visage tordu par l’angoisse.

- « Il faut vraiment qu’on trouve un abri », cria-t-il à ses compagnons.

- « Je ne demande pas mieux, con ! Mais tous les hôtels sont complets. », répondit brusquement un Marius passablement irrité.

- « Quand est-ce qu’on mange ? », renchérit le ravi.

Marius se mit alors à grommeler.

- « Quelle idée aussi de partir pour Bethléem pour fêter les Saturnales quand on est enceinte jusqu’aux yeux. »

Marie était une fille très jeune et par là même, très naïve. Elle avait lourdement insisté pour aller fêter les Saturnales avec ses copines à Bethléem, caprice que le berger n’avait pu lui refuser. Après tout, cela n’avait pas été facile pour la gamine ces derniers mois. Une grossesse non désirée, son fiancé Joseph qui se fait la malle. De toute façon, le berger n’avait jamais su lui résister et Marie le savait bien. Elle était très jolie et avait appris depuis longtemps comme faire pour user de ses charmes pour obtenir ce qu’elle voulait des hommes.

- « S’il te plait, tout le monde y va !, avait elle pleurniché en lui faisant ses yeux de biche, On s’amusera bien. »

Quand il avait cédé, elle n’avait plus fait attention à lui. Elle s’était paré de ses plus beaux atours et préparé pour aller danser.

Ces derniers temps, Bethléem était devenu « the place to be ». Des touristes des quatre coins de l’empire romain s’y rendait pour fêter les Saturnales. Certains grinçaient des dents, dénonçant le caractère mercantile de cette fête importée mais tous profitaient de l’occasion pour manger le traditionnel rôti de chameau au miel avec sa sauce aux dates et sa purée de poix chiches, et l’auberge de Bethléem était reconnue pour servir le meilleur rôti de chameau du monde. Toutes les hotels de la région affichaient complet et il fallait réserver des mois à l’avance pour espérer y avoir une chambre en cette saison. Les commerçants avaient su sauter sur l’opportunité et une vieille grange était transformée en boite de nuit où tous les jeunes du coin venaient y faire la fête.

Ils étaient à mi chemin quand le temps se dégrada. Le berger tenta en vain de faire entendre raison à Marie.

- « Soit raisonnable, tu vas tomber malade et c’est dangereux pour le bébé.

- Qu’est-ce que tu peux être rabat joie. Et puis une petite douche ne te fera pas de mal, tu pues le mouton. »

Cette dernière remarque piqua le pauvre berger. Les belles jeunes filles sont souvent cruelles. Ils continuèrent en silence. Une heure plus tard, Marie se remit à geindre.

- « C’est encore loin ? Je n’ai pas envie d’arriver en retard. »

En l’absence de soleil, le berger ne pouvait savoir avec précision depuis combien de temps ils étaient partit. Il savait qu’il devait être aux environs de seize heure et qu’ils auraient du être arrivé à Bethléem depuis longtemps.

- « Je ne sais pas. Je pense qu’on devrait y être très bientôt.

- Ne me dis pas qu’on est perdu ? Tu es vraiment minable, mon pauvre. Si on arrive en retard, je ne te le pardonnerai jamais !

- Je vais demander mon chemin à ces deux étrangers. »

C’est ainsi qu’ils avaient rencontré Marius et le Ravi, deux touristes en provenance du Nord et qui venaient à Bethléem pour faire la fête. Ils avaient décidé de terminer le voyage ensemble, Bethléem n’était plus qu’à une heure de marche. Marius avait reluqué Marie quelques temps, lui avait montré ses boules mais la jeune femme n’avait pas été impressionnée par sa moustache.

Ils arrivèrent enfin en vue de Bethléem. La ville était magnifiquement décorée pour l’occasion. Sous l’excitation, Marie avait forcé l’allure pour être arrêtée dans son élan par une terrible douleur au ventre.

- « Ah non, tu ne vas pas me gâcher ma fête, toi. »

Mais même l’impétuosité et les certitudes de la jeunesse ne peuvent rien contre la nature. La fréquence des contractions augmenta, clouant le bec de la jeune écervelée. Malgré une irrésistible envie de la laisser se débrouiller seule, les trois hommes se mirent alors en quête d’une chambre où Marie pourrait avoir son enfant au sec.

 

2.

Plus de peur que de mal. S’ils n’avaient pas réussi à trouver une chambre de libre dans la ville, ils étaient au moins au sec. Le Berger avait rencontré un de ses amis éleveur avec qui il partageait une certaine vision de l’ambition (il ne possédait pour tout bétail qu’un âne et un bœuf dont il essayait de faire l’élevage mais semblait avoir quelques problèmes de reproduction). Ce dernier avait mis son étable à leur disposition.

Au début, Marie avait fait un scandale.

- « Si vous pensez une minute que je vais avoir mon bébé dans une étable puante, vous êtes encore plus bête que vous en avez l’air. »

Le Ravi avait alors perdu à la fois sa patience légendaire et son éternel sourire, avait baissé sa main droite qu’il gardait toujours levée pour une obscure raison et avait donné une violence claque à la gamine. Même le berger n’y trouva rien à redire.

Ensuite le travail et l’accouchement avaient pris le pas sur son sale caractère. Tout s’était passé très vite et si elle avait fait beaucoup de cinéma, la naissance s’était passée sans grand heurts.

Pendant ce temps là, le berger taillait le bout de gras avec son copain fraichement retrouvé.

- « Tu as fait quoi pour Hannukah ?, demanda-t-il au jeune éleveur peu ambitieux.

- Comme tous les ans, en famille, grosse bouffe et petits cadeaux.

- Avec les nouvelles taxes imposées par les romains, je pensais qu’on laisserait tomber la tradition mais visiblement la crise ne se reflète pas sur les fêtes. »

Marie portait maladroitement son enfant. Elle ne semblait pas savoir que faire de cet encombrant fardeau. Pourtant, le petit ange était un véritable miracle. Il était particulièrement gros pour son âge. Il devait faire dans les 8 kilos. Son abondante chevelure blonde entourait un visage qui n’avait rien de commun avec celui que l’on retrouve habituellement sur un nouveau né. Il était particulièrement calme et semblait afficher un sourire serein.

- « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? », demanda Marie.

Marius, le Ravi, le Berger et son ami, se regardèrent en chien de faïence. La porte s’ouvrit comme pour répondre à la question laissant le passage à un homme basané au costume chatoyant.

- « Bonjour la compagnie ! »

Marie sursauta, lâchant le jeune enfant qui, heureusement, tomba dans la mangeoire des bestiaux garnie de paille. Dérangé dans leur repas, l’âne et le bœuf se mirent à souffler de mécontentement sur le nouveau né qui ne semblait nullement s’en offusquer.

Enfin délivrée de son fardeau, Marie remis sa tenue en ordre, ouvrant l’un ou l’autre bouton pour exposer sa ronde poitrine aux yeux brûlant du beau ténébreux qui venait de faire son entrée.

- « Yé m’appelle rhésous. C’est bien ici qué se déroule la fiesta ? »

Avant que quiconque ait pu répondre, un autre personnage fit son entrée par la porte restée ouverte.

- « Qui veut m’acheter un rose ? »

Il s’agissait d’une vendeuse de fleur qui faisait le tour des auberges en ces périodes de fleurs et qui vendaient des fleurs à la pièce aux jeunes amoureux.

Venant ajouter à la confusion, d’autres intrus vinrent s’ajouter à cet étrange cortège : une bohémienne, une enfant en bas âge emmitouflé dans ses bras. « Pas argent. Pas travail. Pour manger. », et trois vénérables vieillards, les bras chargés de trésor saugrenu.

- « Ben, ne vous gênez pas !, s’offusqua l’ami du Berger.

- « On a vu de la lumière, la porte était ouvert alors on a cru…, commença le dénommé Gaspard qui sentait très fort.

- C’est qu’on est un peu perdu, on cherche une auberge, renchéris son jumeau prénommé Melchior et dont la bourse bien garnie teintait joyeusement.

- Et puis on se les gèle », ici. Conclut Balthazar mirant en coin la belle Marie.

Opportuniste, Jésus – ou Rhésous avec l’accent – sortit un couteau de sa poche et s’approcha des trois vieillards.

- « Soyez les bienvenus. On était yustement en train de faire oune petite fête pour la naissance du petit. » Il fit un clin d’œil à Marie qui rougit comme une pivoine. « C’est mon filleul, vous voyez. Il s’appelle Jésus, comme moi. »

En parlant, il se curait les ongles avec son long couteau aux reflets inquiétants.

- « C’est yentil en tout cas d’être passé avec des cadeaux. »

Les trois hommes étaient aussi lâches que sage et se délestèrent de leurs biens sans faire d’histoire. Jésus en profita pour acheter une fleur pour Marie et filer une pièce à la mendiante. Les derniers et faibles remparts de Marie cédèrent devant cet esprit chevaleresque et ensemble ils se rendirent à la fête suivit des trois vieillards, de la vendeuse de fleur et de la bohémienne qui n’avaient plus rien à faire là. Restait le berger et son ami, les deux touristes, les animaux et le bébé.

Les quatre hommes se rassemblèrent autour de la mangeoire.

- « Peuchère, il est pas gâté le pauvre gamin, dit Marius.

- Qu’est-ce qu’il va devenir ?, demanda l’ami du Berger.

- Je suppose que demain, on le ramenera à Nazareth avec sa mère et probablement une belle gueule de bois en prime, dit le Berger, un beau gâchis, si tu veux mon avis. »

Quand au Ravi, il se contentait d’être ravi, comme à son habitude.

- « De toute façon, c’était écrit dans le livre, conclut l’ami, rien de bon ne sortira de Nazareth ! ».




[film] La malédiction de la soupe aux choux

26 12 2008

Les fêtes de fin d’année sont riches en excès. Si vous ne me croyez pas, demandez à votre tube digestif.

Le miens a tendance à me répondre à l’aide de petits vents plus ou moins discret. C’est alors que, m’échappant de la grande sauterie de Noël pour fumer une bonne petite cigarette sous le ciel étoilé que j’ai laissé mes intestins exprimer leur désarrois face à cet excès de bulles en tout genre, contribuant un peu plus aux changements climatiques.

J’ai alors levé les yeux vers le ciel, espérant la visite de la Denrée qui viendrait me rendre visite de la lointaine planète Ox et avec qui je partagerais les restes de scampis à l’armoricaine préparés avec amour par ma maman.

Souvenez-vous, c’était il y a 27 ans en cette douce année 1981.

Un monument du cinéma français sortait sur nos écrans : La soupe aux choux.

Un film engagé, racontant avec tendresse l’éternel lutte entre tradition et modernité, jeunesse et vieillesse, une amorce à cette critique de la société de consommation devenue si consensuelle aujourd’hui.

Le Glaude (Louis DeFunes) et Le Bombé (Jean Carmet) sont deux petits vieux vivant selon les règles d’une autre époque, partageant leurs journées entre de nombreux chti canons et de la bonne nourriture de la campagne (dont la soupe aux choux susnommée) et luttant à leur façon contre le maire du village voulant créer un parc d’attraction sur leur propriété.

Leurs vies va basculer le jour où ils rencontreront la Denrée (Jacques Villeret), extraterrestre proutoglote qui va tomber amoureux de leur mode de vie et va considérablement influencer leurs vies.

Mais je ne vous apprends rien. « La soupe aux choux » est un classique parmi les classiques.

Ce que l’on ignore souvent (et qui ne m’a frappé hier après de trop nombreux verres d’alcools en tout genres… sans doute une visite du saint chti canon), c’est la malédiction qui a frappé ce film.

Cela n’est pas sans rappeler l’histoire de la malédiction liée à la découverte de la tombe du pharaon Toutânkhamon par Lord Carnavon, entraînant dans son sillage quelques 20 morts mystérieuses.

Bien que moins connue (enfin jusqu’à hier), la malédiction de « La soupe aux choux » n’en a pas été moins meurtrières.

Quelques dates et faits marquant :

- « La soupe aux choux » a été le couronnement de la carrière de son réalisateur, Jean Girault, mais en réalisant ce film, il a également scellé son destin. L’année suivant la sortie du film, Jean Girault décernera à l’âge de 58 ans des suites d’une mystérieuse maladie (soit disant une tuberculose) alors qu’il tournait « Le gendarme et les gendarmettes »

- L’année suivante, un autre protagoniste de l’aventure « La soupe aux choux », René Fallet décédera à seulement 56 ans. Il avait lui aussi profité du succès du film puisqu’il était l’auteur du roman qui avait inspiré le scénario du film.

- Cette même année, Louis De Funès décèdera d’un infarctus et de nombreux autres décès suivront : Jean Carmet, Jacques Villeret, Raymond Lefèvre (compositeur de la musique), Jean Halain (scénariste et dialoguiste), etc. En fait, il devient difficile de trouver aujourd’hui un protagoniste lié à ce film qui soit encore de ce monde. Chaque année, la malédiction de « La soupe aux choux » fait de nouvelles victimes, entraînant dans son sillage jusqu’aux spectateurs. Selon une étude scientifique très poussée, d’ici la fin de ce siècle, TOUS les spectateurs qui ont vu le film à l’époque auront succombés à ce que certains (enfin moi) appellent « le film qui tue » (l’idée a été reprise dans le film « The ring »).

Pensez-y à deux fois à la prochaine rediffusion de ce film. Votre vie ne tient qu’à un prout !

PS : Suite à des commentaires surréalistes qui ont ponctués une de mes précédentes chroniques absurdes, je me vois dans l’obligation de préciser que ce texte est totalement absurde et ne doit en aucun cas être pris au sérieux ! Bien entendu, les malédictions ne sont que le fruit du hasard et de la nécessité des gens à donner du sens à ce qui n’en a pas. Disons qu’au mieux, il s’agit d’une démonstration par l’absurde, au pire un petit texte ridicule né de mon esprit embrumé par trop de champagne.




[création] Mon père est un séducteur

25 12 2008

1.       Myna

Comme beaucoup d’enfants, j’ai vécu dans l’ombre d’un géant. Un homme aux multiples succès, aux exploits sportifs, à une réussite sociale et professionnelle sans faille. Un homme que l’on aime au premier regard, capable de s’adapter à toutes les situations, tous les milieux. Mais mon père possédait une caractéristique peu commune. Mon père était un séducteur. Là où les autres parents bercent leur progéniture de conseils plus ou moins éclairés, mon père est l’homme des deux cents femmes. Celui qui avant de rencontrer ma mère à connu l’ivresse de l’amour sans nom et sans lendemain. Celui qui a su déclencher le désir et la passion en restant simplement lui-même. Mais mon père est toujours un séducteur. Les liens du mariage n’ont jamais su retenir le chasseur qui vit en lui et moi, je suis devenu le témoin privilégié, parfois le confident, souvent l’alibi de ses incartades. Je l’aime. J’aimerais pouvoir marcher sur ses traces. Mais je ne suis pas digne de son héritage. Je vois bien que je le déçois. Je m’appelle David, j’ai quinze ans et je suis sur la bonne voie pour finir vieux garçon.

                Je déteste les dimanches. Je n’arrive pas à profiter de mes dernières heures de liberté sachant que le lendemain je retournerai à l’école. En plus, le lundi est le jour de la gym avec son lot de brimades et de moqueries. J’aimerais tellement ne plus être le plus petit de ma classe, ne plus avoir l’air d’avoir douze ans, ne plus être si timide. Je rêve souvent d’une nuit où mes prières seraient exaucées et où je renaîtrais dans la peau de Damien, le clown de la classe. Le jour ou les filles s’amuseraient de mes facéties. Mais chaque lundi, c’est la même rengaine. Au mieux, je suis anonyme. Au pire, l’objet de défoulement de mes camarades.

                Mais je verrai Myna.

                Myna, c’est une nouvelle. Elle est arrivée cette année. Elle est jolie. Ce n’est pas la plus jolie de la classe, mais à mes yeux elle dépasse toutes les autres. Myna, elle est discrète. Elle n’est pas invisible comme moi, on la laisse tranquille mais sans l’ignorer. Elle est toujours gentille avec moi. Elle me dit bonjour, elle me sourit, parfois elle me parle. A son arrivée, je me suis imaginé pleins de choses. Mais si elle n’a pas été témoin de mes humiliations passées, elle a vite découvert que je n’étais pas celui par qui on devenait populaire. Mais elle s’en fout. Elle est gentille, Myna.

 

2.       La petite amie imaginaire

- « Comment cela se passe à l’école ? »

La question rituelle et automatique que mon père mon pose presque tous les jours, comme s’il était totalement aveugle à ma situation.

- « Bien »

Que pouvais-je répondre d’autre. Papa ne pourrait pas comprendre. Et s’il pouvait comprendre, que pourrait-il faire de toute façon.

- « Toujours pas de petite copine ? »

Je l’attendais celle là. S’il ponctue sa phrase d’un petit clin d’œil complice, je sais que cela l’inquiète. Après tout, les garçons de mon âge ne sont-ils pas supposer sortir avec des filles ?

Moi, je ne sais même pas comment faire pour embrasser une fille.

- « Jean, laisse le tranquille. »

Maman, toujours prête à venir à ma rescousse. C’est de sa faute si je suis si timide, d’après papa. Elle m’a toujours trop couvé.

Je ne sais toujours pas pourquoi mais ce jour là, sans même y réfléchir, j’ai fait quelque chose d’inattendu. Quelque chose qui allait peut-être compliquer considérablement ma vie. Mine de rien, j’ai lancé une bombe à la table du diner, une bombe que je ne pourrais désamorcer qu’à grand pleine.

- « Si, j’ai une petite copine ».

Je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu l’impression de voir passer une petite note de soulagement sur les visages de mes parents lorsqu’ils ont échangé un regard surpris.

 

3.       Un mensonge presque parfait

Bien entendu, cela n’en est pas resté là. S’ils se sont comportés de façon exemplaire sur le moment, les questions n’ont pas traîné à pleuvoir.

Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de toujours mentir en restant aussi proche de la vérité. Puisque je venais de m’inventer une petite amie imaginaire, pourquoi ne pas utiliser celle qui habitait vraiment mes rêves.

- « Elle s’appelle Myna. »

- « Elle est dans ma classe. »

- « Elle est très jolie. Elle a des courts cheveux bruns et des grands yeux noisettes. »

- « Elle habite à Court Saint Etienne. »

- « On sort ensemble depuis plusieurs semaines. »

Les mensonges s’enchaînaient avec une étonnante facilité. J’adorais donner corps à mes fantasmes, faisant de moi celui que j’avais toujours rêvé d’être. Moi qui n’avais jamais osé toucher une fille. Moi qui rougissais à chaque regard. Moi qui tremblais devant les autres. J’étais maintenant un amoureux romantique. Un être qui inspirait l’amour et appelait les baisers.

Ah, les baisers.

Pourquoi est-il si difficile de trouver des informations sur le sujet. Les livres, les films, les publicités regorgent d’image de couples qui s’embrassent, de bouche qui s’ouvrent et s’unissent. Mais que se passe-t-il alors ? Quels mystères sont cachés derrière ces lèvres scellées ? Si le sexe n’a en théorie plus de mystère pour moi, le baiser reste nimbé d’un grand mystère.

Il y a eu cette fille, l’été passé, avec qui j’ai partagé mes jeux sur la plage. Combien d’heures avons-nous passé, cote à cote, à discuter, regarder la mer, dans l’attente de quelque chose que je ne me suis jamais résolu à faire. Chaque jour je me disais : « demain, je l’embrasse », le courage montant à la faveur de l’obscurité mais disparaissant immédiatement en sa présence faisant place à de multiples excuses. Jusqu’à cette dernière seconde où les larmes aux yeux je suis monté dans le bus qui m’éloignerait à jamais d’elle sans avoir d’autre courage que celui de lui prendre la main.

Maintenant, il est trop tard. J’ai bien pensé demander à Caroline. Elle a toujours été gentille avec moi. Peut-être accepterait-elle de m’initier. Mais que se passerait-il en cas de refus ? Que se passerait-il si les autres l’apprenaient ? Je n’ai vraiment pas besoin d’offrir aux autres une nouvelle raison de se moquer de moi.

Maintenant j’ai quinze ans et je suis sans doute le dernier garçon sur terre à n’avoir jamais embrassé une fille.

4.       Comme un roman

Curieusement, ce mensonge m’a rapproché de Myna. J’ai l’impression que nous partageons un secret. Je me surprends à lui parler plus souvent. C’est que nous avons une passion en commun. Tous les deux nous aimons lire. Moi je lis beaucoup de romans policiers et d’aventures. Elle a des lectures plus ambitieuses et quand elle en parle, il y a ces petites étoiles qui brillent dans ces yeux. J’essaye de suivre mais elle est beaucoup plus intelligente que moi. Les professeurs disent souvent que ses lectures ne sont pas adaptées à son âge.

En ce moment, elle lit les romans d’Umberto Eco. Elle me parle des mensonges de l’histoire, de la vérité qui nait des mensonges des hommes. Elle s’enflamme en m’expliquant que parfois les pires mensonges deviennent réalité juste parce qu’on y croit avec suffisamment de conviction. Moi, je me contente d’acquiescer.

Un jour, j’ai même essayé de lire le même roman qu’elle : Jane Eyre. Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’elle aimait dans ce livre mais je le lisais religieusement chaque soir, l’imaginant dans la même posture, vivant l’histoire en même temps que moi.

Pour elle, j’ai même accepté de participer à la pièce annuelle de l’école. J’y tenais un petit rôle de figurant mais cela me permettait de la voir plus souvent aux répétitions. Je n’avais pas une ligne de texte mais c’était un terreau fertile pour mes mensonges que je continuais à distiller régulièrement à mes parents avides, drogué de mes amours.

Ils commençaient à s’étonner de ne jamais avoir rencontre l’élue de mon cœur mais j’arrivais toujours à trouver des parades. Je partais souvent me promener seul, prétendant la rejoindre pour une glace ou pour chercher un livre à la bibliothèque. Eux souriaient, imaginant des baisers sur des bancs publics cachés derrières mais piètres mensonges.

Je vivais dans un demi rêve mais la réalité, souvent, ne se contente pas de dépasser la fiction, elle la rattrape pour lui donner un bon coup de pied dans les côtes.

 

5.        Karma police

On a tendance à baisser ses gardes lorsque l’on ment impunément. En participant à la pièce de l’école j’avais négligé le fait que mes parents pourraient avoir envie d’y assister lors session réservée aux parents.

- « Vraiment, ce n’est pas la peine. Je n’ai qu’un rôle mineur ! »

Je me débattais avec l’énergie du désespoir. J’avais mal au ventre. Je voulais mourir.

- « On ne raterait cela pour rien au monde. », disait maman, « Et puis cela sera l’occasion de rencontrer ta chère Myna ! », enchaînait papa.

Oui, c’était bien cela le problème.

Il ne me restait qu’une solution. Je devais la quitter au plus tôt. Mais comment faire pour quitter un rêve ? Avais-je la force de tuer dans l’œuf le seul amour de ma vie ?

J’ai alors fait ce que je faisais le mieux. J’ai nié le problème. J’ai vécu dans le deni, espérant que le temps s’arrêterait, qu’un événement surprenant résolverait tout mes problèmes : une mort dans la famille, une jambe cassée à point nommé, un incendie de l’école. Tout sauf la rencontre entre deux mensonges. J’y ai cru pendant les jours avant la pièce, j’y ai encore cru sur le chemin pour l’école, à l’entrée dans la salle. J’ai prié pendant toute la représentation, prié plus fort pendant les applaudissements. J’ai failli vomir alors que je me dirigeais, le cœur battant la chamade, vers les places occupées par mes parents.

- « Alors ? Tu nous présente ta copine ? » Direct, sans fioriture.

- « Elle est déjà rentrée chez elle. On y va ? » Déjà, je m’engageais vers la sortie, essayant d’entraîner ces deux boulets récalcitrant.

- « Tu es sur ? Ce n’était pas la petite brunette qui jouait le rôle de Verruca ? »

- « Non, enfin si. On y va ?», je commençais à sérieusement paniquer. Et soudain le coup de grâce fut donné par mon père.

- « Tu dois être Myna ? »

Une vague glacée à traverser mon corps. J’étais figé, tel un lapin devant les phares d’une voiture et attendant l’inévitable choc.

- « David nous a beaucoup parlé de toi. Tu étais super dans cette pièce. »

Je n’entendais pas les réponses de Myna. J’étais incapable de me retourner et de faire face à cette situation.

- « On va manger un petit morceau. Tu veux te joindre à nous ? On aimerait tellement faire plus ta connaissance. »

Pourquoi ne peut-on pas choisir le moment de sa mort ?

 

6.       Epilogue

Les choses ont une fâcheuse tendance à ne jamais se passer comme on l’imagine. J’avais imaginé de nombreux scénarios pour mon premier baiser. Mais il y a une chose qui ne m’avait jamais traversé l’esprit. Une abomination sans nom : que ce premier baiser hésitant se déroulerait sous le regard ému de mes parents.

Lorsque je me suis retourné, Myna me souriait. Après avoir demandé l’autorisation de ses parents, elle a accepté l’invitation singulière de mon père et nous nous sommes retrouvés tous les quatre autour d’une table de restaurant. J’étais tendu, effrayé, mais ni Myna, ni mes parents n’ont fait de faux pas. Tous ensemble nous avons joué une parfaite comédie.

N’ayant plus rien à perdre, j’ai laissé mon mensonge prendre le pas sur la réalité. N’ayant plus vraiment le choix, ma main s’est dirigée vers celle de Myna cachée sous la table. Nos doigts se sont trouvés, apprivoisés. Elle n’a pas refusé mon étreinte. Le monde se résumait à ses deux mains se découvrant, se caressant.

Plus tard, mes parents ont déposés Myna devant chez elle. Je l’ai accompagnée jusqu’au pas de sa porte. Et devinez quoi ? On s’est embrassé.

Mon père est un séducteur. Je ne suis pas sur que je marcherai sur ses traces. Je m’appelle David. J’ai quinze ans et je suis amoureux.




[film] Rocky vs Klitschko (ou Réalité 1 – Fiction 0)

15 12 2008

La réalité dépasse, dit-on, la fiction mais le rapport entre les deux est souvent beaucoup plus complexe. Ainsi, la fiction s’inspire très souvent de la réalité et la réalité lui rend bien souvent la politesse. Celui qui regardera « Les Soprano » sera amusé de voir les mafieux américains s’inspirer de films tels que « Le parrain » pour construire leurs personnages. Bien entendu, vous me rétorquerez que c’est la fiction qui s’inspire de la fiction mais curieusement cette fiction s’inspire de la réalité.

Si vous êtes perdu, c’est tout à fait normal. Tel un mouvement de camera de Gus Van Sant, je m’essaye à l’écriture métaphorique, plongeant l’improbable lecteur dans un malaise incompréhensible illustrant mon propos.

A ceux qui me rétorqueront que je suis un sale branleur, je dirais qu’ils ont bien raison. Mais c’était cela ou vous balancer un extrait de cette émission de radio où un réalisateur expliquait le plus sérieusement du monde qu’il croyait plus en la fiction pour décrire la réalité qu’en un repartage qui biaise toujours par l’observateur influant sur l’observé.

Tout ce charabia pour dire que je n’y connais rien à la boxe.

Ce noble art qu’est la boxe et qui consiste à se foutre sur la gueule jusqu’à ce que K.O. s’ensuive se résume pour moi a quelques matchs regardés distraitement à la télévision et quelques beignes maladroitement échangées lors de rixes d’ivrogne.

Heureusement, la fiction est toujours là pour me sauver.

Il y a les grands livres, de Sherlock Holmes pugiliste de talent aux récits suintant la sueur d’Hemingway, l’introduction fulgurante du « Dahlia noir » d’Ellroy jusqu’aux nouvelles magnifiques de F.X. Toole.

Et bien entendu, il y a le cinéma : « Raging Bull » et Jake La Motta (« you fucked my wife ??? »), « Ali » and Mohamed Ali ou le « Million dollars baby » du grand Clint.

Mais s’il ne doit en rester qu’un, cela n’aura rien à voir avec MacLeod, ce serait le grand « Rocky ».

« Rocky », sortit en 1976, est avant tout un film social. Un beau film sur un homme simple qui essaye de vivre son rêve avec le peu de cervelle et de talent dont la nature l’a doté. C’est aussi un conte de fée pour son auteur, acteur, réalisateur, Sylvester Stallone.

Mais « Rocky » c’est aussi un super-héros. Un homme doté du rarissime « syndrôme de Homer Simpson » qui lui permet de prendre un nombre incalculable de coup potentiellement mortels jusqu’à l’épuisement de son adversaire.

« Rocky », c’est LE super héros des années 80 avec la sortie de 2 films sur cette décennie qui inspire tant de nostalgie (à une époque où Batman était joué par Julien Lepers). Dans « Rocky III – L’œil du tigre », il foutait une raclée au très méchant « Mister T » et encore plus impressionant, il se retrouvait face à la machine « Dolph Lundgren » alias « The punisher » et en sortait vainqueur triomphant d’un « Au début, vous m’avez hais, alors moi aussi je vous ai hais… »

Rappelez-vous ce choc des titans.

D’un côté, la machine. Ivan Drago sorte de « Terminator » fabriqué par les technologies de pointe soviétique. 1m97, plus de 100 kilos de muscles.

De l’autre, l’étalon italien, Rocky Balboa. 1m78 ( !!!) et bien moins de 100 kilos et obligé de s’entrainer dans la neige avec les moyens du bord.

Pourtant, armé du bon droit et de son amour éternel pour Apollo qui fut autrefois son adversaire, il restera debout sur le ring pendant 15 rounds à supporter les assauts brutaux d’un drago médusé (« Ce n’est pas un homme… ») pour finalement lui foutre une raclée.

Après cela, le ring est le monde du « tout est possible », où la force de caractère est plus forte que le muscle brutal.

C’est armé de mes religieuses convictions cinématographiques que j’ai regardé ce week-end le combat entre le challenger américain, le freluquet « Hassim Rahman » (1m89…), et le tenant du titre, l’ukrrrainien, « Wladimir Klitschko » (2m !!!) remettant en jeu sa ceinture de poids lourd en 12 rounds.

Ce match, c’était plus qu’un simple match de boxe. Il s’agissait de la copie du match Balboa-Drago transposé dans la réalité. Le combat entre fiction et réalité.

Dès le premier round, la réalité s’est retrouvée en bien mauvaise posture. En la personne de Rahman, elle s’en prenait plein la gueule. Curieusement, quand on mesure 12 cm de plus que son adversaire, on a une plus grande allonge.

Mais je restais confiant. Après tout, Rocky aussi avait pour habitude de prendre des coups et pas des moindres. Lorsque Rahman alias « The rock » s’est retrouvé dans les cordes en version humaine du punching ball pour Klitschko « Steel hammer », je ne me suis pas trop inquiété. Même lorsque Rahman s’est retrouvé au sol, je n’ai pas hésité un instant. Il allait se remettre sur ses jambes.

Et puis, ce fut la consternation. Klitschko ou plutôt Klitsch-K.O. a été fidèle à sa réputation et l’arbitre a mis fin aux souffrances du pauvre Rahman qui n’aura jamais eu le dessus dans aucun round.

Réalité 1 – Fiction 0… un K.O. technique sans discussion.  

Voilà qui remet en question ma vision du monde.

Moi qui me suis inspiré du cinéma pour guider ma vie, moi qui suis ce que je suis grâce à des modèles tels que « Indiana Jones » ou « Muad’Dib », que vais-je faire maintenant ?




[film] Bambi must die

11 12 2008

Le courant de votre pensée est souvent modelé par des rencontres (« C’est bien comme situation rencontre ? »). Ces dernières peuvent prendre diverses formes, un livre, une personne, une idée glissée furtivement dans un dialogue de bistrot. Il s’agit de ces petits « hasards nécessaires » qui nous fait rêver au destin.

Plus rarement, elles prennent l’allure d’un couple de faon qui s’écrasent nonchalamment contre votre pare-choc.

Qu’est-ce que c’est con, un faon… Une sorte d’insulte à Darwin et sa belle théorie de la sélection naturelle. Un pied de nez du grand créateur.

Alors que je contemplais les derniers poils, résistant encore et toujours à l’aspirateur, qui me nargaient sur la calendre de ma skoka familiale décapotable, j’ai été frappé de plein fouet par le fantôme de Carl Jung. Me regardant avec son air cynique, il semblait me dire : « alors ? tu ne crois toujours pas au destin ? » Il était difficile de nier le fait que cette rencontre coïncidait étrangement avec une autre rencontre.

Deux jours plus tôt, mes enfants qui jusque là, tel le prince Siddhartha, avaient été protégé de toute agression cinématographique, avaient exposé à un film innommable. Moi qui amoureusement et la larme à l’œil leurs proposait des « Wallace et Gromit », « Kirikou » et autres perles du cinéma pour la jeunesse, avaient sans préparation aucune, été plongés dans le monde infernal de Walt Disney (NON, Pixar ce n’est pas Disney !!!). Ma mère, telle une Cruelle d’enfer, leur avait fait regarder « Bambi » a mon insu. Depuis, ce film est devenu le « choisi » du moment de télévision du soir.

Cela n’avait été qu’une gêne sans importance jusqu’à cette rencontre avec ces faons en chair et en os.

Et  si Jung avait raison ? Si cette rencontre était synchronistique (1) ? Si elle était un appel du destin ?

J’ai été obligé de me faire une raison et accepter l’appel. Il me fallait découvrir la vérité et le nuage pestilentiel et obscur qui entoure ce faon anémique et attardé appelé « Bambi ».

Je me suis alors plongé à corps perdu dans ce bourbier, découvrant des vérités qui auraient peut-être du rester enfouie dans la terre plutôt que de retrouver, dans une demi-vie, la lumière d’un soleil éblouissant.

Je prends aujourd’hui la casquette d’un James Ellroy (2), n’hésitant pas à salir les icones, pour rétablir ce qui aurait pu être la vérité, faisant tomber de leurs piédestals les statues de marbre des cervidés les plus adulés.  

Assez palabré, je balance ma bombe : « Bambi » est une incitation à la violence !

Vous ne me croyez pas ?

 

Voici quelques faits indiscutables :

- Le contexte historique. Nous sommes en 1942. La guerre déchire l’Europe et les Etats-Unis sentent qu’ils ne pourront plus longtemps rester neutre. Walt Disney, malgré ses accointances avec les idées fascistes sent qu’il est temps de retourner sa veste et de participer au futur underground effort de guerre. De source sure (que nous désignerons sous le pseudonyme de « Deep Throat »), nous savons qu’une réunion a réuni tous les cerveaux de l’Amérique secrète de l’époque.  Une idée folle apparait alors. Utiliser le cinéma pour enfant pour recruter la future chair à canon. Le résultat sera la sortie du film « Bambi ».

- La méthode est aussi diabolique qu’originale. Fait : aucun adulte ne peut regarder « Bambi » sans être pris d’une envie de meurtre. Outre l’histoire qui est aussi agaçante que ridicule (avec pour héro un jeune faon attardé, avec des problèmes psychomoteurs et de langage, résultat probable de plusieurs mariages consanguin et qui se trouve propulsé « Prince de la forêt »), on y trouve des dizaines de messages subliminaux (par exemple, si vous passez « plic-ploc la chanson de la pluie » à l’envers et en 68 tours, vous entendez distinctement des rafales de mitrailleuses, une des 132 preuves que le film a été financé par la NRA, fait que Michael Moore a été obligé de caché dans « Bowling for Columbine » suite à diverses menaces). Regardez « Bambi », c’est se jeter dans les mains de l’armurier le plus proche.

- Mais pourquoi un film pour enfant ? La naissance d’un jeune enfant pour limiter votre désir de mourir pour la bannière étoilée. Le public visé était donc les jeunes parents condamnés à voir le film pour faire plaisir à ses enfants. Après une vision de « Bambi », les jeunes pères n’étaient que trop heureux que d’aller casser du boche. Petit détail supplémentaire, l’image du père présentée dans « Bambi » montre un père absent, fier et arrogant. Ceci permettait de préparer les mères au futur veuvage.

Je suppose que vous êtes convaincu. Dans le cas contraire, je vous invite à attendre la sortie du livre illustré de 769 pages que j’écris sur le sujet.

Le bon côté des choses est que grâce à Bambi, les alliés ont gagné la guerre.

Mais à quel prix ?

La question est lancée…

--

(1) Autre preuve, alors que j’écris ces quelques mots et que je place astucieusement ce mot aussi joli que sexy (les fameux « Big words » qui ont cet effet si particulier sur la jolie Lara Flynn Boyle dans « Un garçon, une fille, trois possibilité »), j’écoute une émission de radio dans laquelle Claude Lelouch dit « un miracle, c’est une synchronicité réussie ». Tiens, cela me donne envie d’écouter « The Police ».

(2) Un auteur à lire absolument pour son Quatuor de Los Angeles qui a donné naissance à l’excellent film « L.A. Confidential ».




[film] Highway to Hell

07 12 2008

Stephen King et moi, on est comme cul et chemise.

Bon, il est vrai que je le connais moins bien que mon patron ne connait Brian May (mon patron connait Brian May !!!) ou ma mère Philippe Gelluck (pour une raison obscure, ce dernier faisait toujours des bonjours enthousiastes à ma mère lorsqu’ils se croisaient au Delhaize d’Ottignies), mais lui et moi on a des tas de trucs en commun.

D’abord j’ai lu pas mal de ses bouquins dans ma jeunesse et je les ai bien aimé (sauf « Da Vinci Code »… quoi ? ce n’est pas Stephen King ?... tant mieux pour lui !).

Ensuite, on partage les mêmes goûts musicaux.

Vous ne voyez pas ?

Un petit indice : allez fouillé les bacs DVD à moins de 1 euros le pack de douze et cherchez un film intitulé « Les camions de l’enfer » (ou « Maximum overdrive » en V.O.)

Cette petite merveille sortie en 1986 avec des acteurs connus tels que Emilio Estevez et… enfin avec des acteurs connus… est surtout la première (et unique… thanks god) tentative de Stephen King derrière la caméra. Celui dont les romans ont si souvent été malmenés au cinéma a pour une fois décidé de prendre la caméra par les cornes et adapter lui-même une de ses nouvelles.

Le résultat est consternant (et s’offre un magnifique 4.5/10 sur imdb).

Le film raconte l’histoire du monde lorsque les machines, suite à l’action d’un mystérieux brouillard lumineux, prennent vie et leur revanche sur les humains qui les ont toujours asservis. On suit en particulier le combat entre un petit groupe de personne barricadé dans une station service et un grand camion sortit de « Mask ».

La seule chose intéressante dans ce film est sa B.O., nous ramenant au début de cette propa.

Elle est entièrement composée de morceaux de AC/DC, groupe australien (1) dont nous sommes tous deux friands.

AC/DC est certainement le plus grand groupe de rock de l’univers. Leur dernier album, « Black Ice » est une pure merveille et nous replonge à la grande époque de Bon Scott. La popularité du groupe n’a jamais faiblie depuis sa création en 1974 et la sortie du cultissime « High voltage » en 1975 et quelques 17 albums plus tard, le groupe réussi encore à faire sold-out en quelques heures dans toutes les salles majeures du monde.

Pour ceux qui l’ignore, le groupe a connu deux grandes époques, celle du chanteur Bon Scott, décédé en 1980 à l’âge christique de 33 ans suite à un vomi mal orienté alors que le groupe culminait avec le prophétique « Highway to Hell » et la période « Brian Johnson », le chanteur qui l’a succédé sur le génial « Back in Black »

Le groupe a surfé sur le succès, conservant un style reconnaissable à la première note et un amour immodéré pour le blues et le rock dont ils subliment les racines. Pourtant, ils restent discret et vivent loin des regards des projecteurs.

C’est donc avec grand plaisir que je vous annonce qu’un film sur la vie de « Bon Scott » et les origines du groupe est actuellement en projet.

Rassurez-vous, Stephen King n’y est pour rien. L’initiateur est un obscur réalisateur australien, « Eddie Martin » a qui l’on ne doit qu’un film sortit cette année « Lionel » (que j’espère ne pas être consacré à Lionel Ritchie).  Au mieux, le film entrera en chantier dans un an, le réalisateur n’en étant encore qu’au stade des recherches, rencontrant les proches de Bon Scott.

Une affaire à suivre de près si comme Stephen et moi, vous êtes amateur de grande musique.

--

(1) Ce dernier point est sujet à discussion. Si le groupe a été fondé en Australie, ses membres sont nés en Ecosse. Je propose que nous les considérions donc comme australien pour éviter de tomber dans les mauvais jeux de mots tels que MaC/DC.




[film] Casino Royale – James Bond begins…

06 12 2008

Peu importe le format, quand il est question de super-héros, c’est toujours le récit des origines qui est le plus excitant (oui, je sais, « Dark Knight » et tout ca). James Bond ne fait pas exception à la règle.

STOP… arrêt sur image !

- Pardon ? James Bond ? Un super-héros ? Vous vous moquez de qui, Monsieur ? Il n’a aucun super pouvoir, ce minable agent secret à l’humour douteux.

PLAY…

Il est vrai que considérer James Bond comme un super-héros est sujet à discussion. C’est vrai qu’il n’a aucun super pouvoir. Quoi que… on pourrait lui trouver des points communs avec « Mystic » dans la série des X-men. Après tout, il change assez facilement de visage, d’apparence et même de styles. En 23 films, il a eu la tête de Sean Connery, George Lazenby, Roger Moore, Timothy Dalton, Pierce Brosnan, Daniel Craig et je ne vous parle même pas de la ribambelle de Bond de la première adaptation de « Casino Royale ».

De plus, si posséder un super pouvoir est la condition sine qua non pour recevoir l’étiquette « super héros », Batman peut aller se rhabiller.

STOP… arrêt sur image !

- Et là… on ne touche pas à Batman ! Je vous rappel, Mossieur, qu’il fout quand même la pâtée à Superman (par exemple, dans « The Dark Knight strikes again ») Il a au moins le pouvoir d’encaisser comme personne !

PLAY

Et pas James Bond, peut-être ?

Mais revenons à nos moutons. Si on accepte l’idée que James Bond est un super-héros…

STO…

Toi, ta gueule !

PLAY

… le récit de ses origines est « Casino Royale ». Cette histoire a été déclinée sous de nombreuses formes depuis la sortie du premier roman de Ian Flemming en 1953 : un téléfilm, un film parodique délirant avec une brochette d’acteurs incroyable et une fin à faire frémir de honte les Monty Pythons de « Sacrée Graal » (qui avait avoué avoir essayé de faire la pire fin de l’histoire du cinéma) et enfin, le film de 2006 qui a fait découvrir Daniel Craig dans le rôle du super-agent.

Ce dernier film est sans doute celui qui rend le plus hommage à l’œuvre de Flemming (qui n’a pas fait que découvrir la pénicilline… non, je déconne… c’est le Flemming way).

STOP… arrêt sur image

-…

- Oui ?

- Non, rien, pardon

- J’aime mieux cela !

PLAY

Dans le roman original, James Bond vient de gagner ses galons de double zéro, preuve qu’il est capable de tuer en mission si nécessaire. On lui confie alors la mission de se rendre dans un petit casino de la côte normande pour jouer une partie contre « le chiffre », sinistre malfrat communiste, et de le ruiner. Ainsi discrédité, il pourra être éliminé par le SMERSH. L’homme froid et sans passion va alors jouer la partie de baccara de sa vie, se faire tortuer à grand coup de tatannes dans les couilles, se découvrir un cœur pour le perdre tout aussitôt (Le roman se termine sur un magnifique « La garce est morte »).

L’adaptation de 2006 est bien entendu remise au goût du jour : courses poursuites haletantes (la scène d’ouverture est grandiose), les poussiéreux communistes sont remplacés par de très modernes trafiquants d’armes, la grise côte normande est remplacée les Bahamas et le baccara fait place à une bonne partie de poker.

Mais le personnage de James Bond est tel qu’il doit être : une machine parfaitement huilée, sans états d’âmes, manipulatrice et n’utilisant le charme qu’à dessein. Avec Daniel Craig, on est a cent lieues de l’humour de Roger Moore ou le charme de Sean Connery qui étaient bien loin du sadisme  et de l’érotisme qui teintait les romans de Flemming : « Soyez régulier, espionnez bien ou vous mourrez ».

« Casino Royale » est aux James Bond ce que « Batman begins » est aux… Batman.




[humeur] La machine à voyager dans le temps – Retour vers Nostalgie (0)

06 12 2008

J’écris une lettre à mon Père (1)

Cher Papa, je suis bien arrivé à l’hôpital. J’en profite pour t’envoyer par hirondelle d’or et son générateur d’improbabilité cette petite bafouille, que tu liras si tu as des couilles.

Normalement, elle est programmée pour arriver quelques jours avant ton septantième anniversaire (ou cinquante-vingtième anniversaire comme on dit maintenant dans la Belfrance du Sud), pour te prévenir et essayer de changer le passé (enfin le futur dans ton cas). Bien entendu, c’est peine perdue puisque d’après la théorie du grand physicien Kalish, le paradoxe temporel n’existe pas et toute altération du passé fait partie intégrante du futur. J’avoue ne rien comprendre a tout cela mais cela expliquerait le bordel qui nous entoure.

Je suis donc bien arrivé à l’hôpital et mon foie artificiel fonctionne à merveille.

Note, cher Papa, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. La fête de tes septante ans m’avait pourtant préparé au pire mais, dans ma grande naïveté, je pensais que tu te serais calmé pour tes cent ans.

Mais assez parlé de moi ! Je t’écris cette lettre dans un but précis.

Alors que tu es à quelques heures de ton septantième anniversaire, tu es loin de te douter que tu n’es encore qu’au tout début de l’œuvre de ta vie (qui ne consiste pas uniquement à détruire mes cellules hépatiques). Le fait que ton âge mental n’ait jamais dépassé 4,2 ans en est peut-être un indice.

Inutile de revenir trop longuement sur ton passé, il est largement étalé dans les livres d’histoires et les innombrables biographies (dont celle écrite par ton grand ami André Grafitti) : ta naissance à même la table de la cuisine (dont la légende dit que tu es tombé plusieurs fois), ton enfance dorée à la campagne entre rationnement salvateur pendant la guerre et bains glacés dans des mangeoires, tes turpitudes sexuelles, ta reconversion en égérie du mouvement surréaliste belge, ta rencontre avec des icones de la scène francophone, et j’en passe et des meilleures.

Tu fus alors sauvé d’une vie de saltimbanque par la fille de sainte Lucette. Lucette, une femme exemplaire et aux talents multiples (elle combinait la fonction de directrice de la banque locale, éleveuse de quelques 150 000 poules, neurochirurgienne et chercheuse en astrophysique), au charme dévastateur inspirant un amour inconditionnel, pur et unique à l’homme de sa vie (qui nageait beaucoup pour entretenir la forme). Sa fille donc, qui t’a sortit du caniveau pour te transformer malgré toi en un honnête père de famille pointant à l’usine.

Elle te donna aussi un fils dont on dit que trois rois mages se penchèrent sur son berceau pour bénir son destin exceptionnel (malheureusement, Lucette passant par là aurait renvoyé ces « bougnouls » (sic) d’un cinglant « ce n’est pas le messie, juste un méchant petit garçon »).

Mais nous ne sommes pas là pour parler de moi.

Après tout, nous connaissons tous le rôle que tu as joué dans mon éducation : la valeur du travail (en me faisant lever tous les jours à 3h30 pour préparer la pâte à crêpe pour le « fournil », un tea room que la fille de Lucette avait créé avec l’argent qu’elle avait gagné dans un fructueux négoce de meuble, et où tu essayais tant bien que mal de faire bonne figure), un alcoolisme chronique (en me forçant à boire de la bière) et une vision tordue de l’amour (sans commentaire).

Mais l’amour a ses raisons qui fait déborder le vase et, cher Papa, j’ai décidé de prendre la plume aujourd’hui, alors que mon foie confit d’alcool servira bientôt de base pour les futurs repas de Noël, pour te rendre l’amour que tu m’as toujours porté et te lancer une mise en garde.

Si tu n’y prends pas garde, les 30 prochaines années risquent de te surprendre : sept mariages (dont un avec Lucette), 42 enfants (dont 3 avec Lucette), un poste de président sur un monde virtuel (Lucette comme vice présidente), la création de la secte qui balayera les religions du monde entier (et comme le chantera Julian Lennon dans son dernier bide : « Imagine all the people, living for Kiglisss, ouh ouhhhh »), etc. etc.

Mon conseil ?

Tout a commencé le jour de cette fête pour tes septante ans sous la forme du verre de vodka de trop. Je t’en conjure, pas de vodka, papa ! Et surtout pas de lapin aux pruneaux !!!

Cela peut te sembler obscur, mais papa, je t’en conjure, écoute mes augures, c’est plus sur. (si j'avais habité à genappe, j'aurais ouvert mon dictionnaire de rime à une autre page)

Sur ce, cher Papa, je te souhaite un joyeux anniversaire.

Sam

 

PS : La nuit de ton anniversaire prochain, tu auras trop bu et tu oublieras de mettre un préservatif (que tu es obligé de porter à chaque rapport sexuel, ayant découvert par trois fois dans le passé (ce chiffre est sujet à caution et certains spécialistes parlent de nombreux bâtards répandus à la surface du globe et qui par un mystérieux hasard se sont tous retrouvés sur un secteur dont tu as contribué à la création) que les pilules contraceptives sont sans effets sur tes spermatozoïdes capables de dénicher un ovule fertile dans les recoins les arides. Ta fraîche et nouvelle épouse tombera enceinte d’un rejeton qui sera le premier d’une longue série. Je ne suis pas autorisé a en dire trop mais sache qu’on est assez nombreux pour faire une équipe de foot et que si tu continues comme cela, on pourra enfin créer l’orchestre philarmonique dont on rêve depuis toujours.

--

(0) Ce texte, comme il se doit, rappelant ainsi l’esprit de nos maîtres du nonsense, est plein de digressions et de notes cherchant à perdre le lecteur et l’enrober d’une nimbe toute londonnienne d’absurdité. D’autre part, il est également plein de références hautement culturelles. Par exemple, ce titre une allusion subtile à l’œuvre de H.G. Wells et à Olivier Rameau. Ainsi, au final, nous avons un texte intellectuellement lourd, mais en fin de compte complètement idiots. Sur ce, je vous laisse, j’ai des brocolis sur le feu [cette dernière phrase est un exercice pratique… expliquez en 10 lignes comment cette référence correspond au style de cette note de bas de page… toute référence aux coccinelles est considérée comme un atout].

(1) Le format de ce texte est le résultat d’un traumatisme d’enfance, mon père m’ayant laissé écouter en boucle les cassettes (2) des spectacles de Roland Magdane.

(2) Pour les plus jeunes d’entre vous, la cassette est un support qui permet d’enregistrer, ré-enregistrer et écouter des sons. Par exemple, outre enregistrer votre musique favorite à la radio ou copier votre 45 tours (3) préféré, vous pouvez y stocker les données de votre commodore 64 (4).

(3) Le 45 tour est une sorte de grand DVD, noir et couvert de sillons qui permettait d’écouter de la musique. La grande différence entre les deux formats est que le graveur de 45 tours était hors de prix.

(4) Le commodore 64 est un micro-ordinateur qui a fait la joie de toute une génération grâce à sa terrifiante puissance de calcul de 64K. Il a balayé le pauvre ZX80 qui contrairement à ce que son nom pourrait le laisser entendre était bien loin de 80K.




[culture] Quelle est ta quête ?

27 10 2008

Galahad: You are the keeper of the Holy Grail?

Zoot: The what? (1).

 

Oui, au fait, c’est quoi le Saint Graal ? Le calice floral et fertile de Marie Madeleine ? (2) Un « machin genre verre à jus de fruit de Jésus » ? (3)

Celui qui, comme moi, est abonné à cette sous-culture qu’est le cinéma possède de nombreuses sources pour entamer sa quête. C’est qu’il a inspiré pas mal de scénaristes le godet du Christ, de « Perceval le Gallois » de Rohmer à l’infâme « Lancelot » (Richard Gere ? Non mais et puis quoi encore ???) en passant par « Indiana Jones et la dernière croisade », « Excalibur » ou indirectement « Star Wars ». Mais si vous voulez un film qui, selon les spécialistes, « repose sur une connaissance solide de la légende arthurienne et avoue des intentions pédagogiques » (4), il ne vous reste qu’un seul titre : « Sacré Graal » (1).

Mais revenons-en à nos moutons.

Des chevaliers suintant la testostérones et voyageant par monts et par vaux, de combats et combats, pour chercher le Graal, cette coupe que le Christ aurait utilisé pour son dernier repas, qui aurait ou n’aurait pas recueillis son sang, qui aurait ou n’aurait pas été rapporté en Angleterre par Joseph d’Arimatie, et qui tels Adams connaîtront la déchéance et la mort par la faute d’une pécheresse.

C’est ce que vous trouverez dans les récits du 12e siècle qui posent les fondements de la légende arthurienne (lisez le magnifique recueil dans la collection « Bouquin » qui contient entre autre l’intégrale de Chrétien de Troye).

 C’est beau, c’est puissant, c’est viril… et par là même un peu ridicule et absurde. Tout en symbolique, cette quête du Graal est le symbole de la quête nonsensique, de celles dont l’objet est sans réel intérêt et donc le but ultime est le cheminement. La quête du Graal, c’est la quête du sens de la vie, quête absurde s’il en est, mais notre quête à tous.  Un combat acharné, perdu d’avance et vide de sens.

Comment faire pour rendre la balade intéressante quand on sait que le but est au mieux une vieille coupe en terre cuite ébréchée et toute tâchée ? On s’amuse. Tel est le message de « Sacré Graal ».

On laisse au rencard les fiers canassons pour les remplacer par le son harmonieux de la noix de coco au petit matin, on se bat contre des animaux fabuleux tels des lapins sanguinaires, on soudoie des adversaires polycéphales à l’aide de jardinets, on danse et on boit dans la douce chaleur de Camelot, on évite les femelles tentatrices du château d’Anthrax dont la seule vocation est de nous détourner de notre quête.

« Sacré Graal » est un film qui tout en étant une déconne absurde et bidonnante nous offre toutes les clés tirées des récits classiques pour réussir notre vie. Il est l’incarnation philosophique nonsensique qui peut vous faire renoncer au suicide romantique nihiliste tout en vous faisant rire un bon coup !

Bien entendu, tout ce que je viens de dire est parfaitement idiot. Mais si vous avez suivit, c’est le fondement même de la philosophie du Graal.

Je terminerai ici et ainsi, par une fin misérable toute à l’image de celle du film des Monty Pythons réussissant ainsi le défi de faire « the worst bloody movie ending in cinematic history » (5).

 

Arthur: Please go and tell your master that we have been charged by God with a sacred quest,  and if he will give us food and shelter for this night he can join us in our quest for the Holy Grail.

Man:  Well, I'll ask him, but I don't think he'll be very keen. He's already got one, you see? (1)

--

(1) Chapman et al. (1965) Monty Python and the Holy Grail. http://sfy.ru/sfy.html?script=mp_holygrail

(2) Brown (2003) Da Vinci Code (Maintenant que je vous ai balancé la fin, cela vous évitera de le lire).

(3) Gilliam (1991) The Fisher King.

(4) Lucas (1996) Réception de la littérature médiévale à travers le médium cinématographique. http://crm.revues.org/index2497.html

(5) Cleese (1982) BBC1 interview.




[culture] George du Maurier, L’ombre et la lumière

01 10 2008

Il existe de nombreuses raisons d’écrire ou de lire une biographie.  La plus courante étant la fascination de la personne que l’on y fait vivre (même si cette personne est soi-même dans le cas de l’écriture d’une autobiographie). Tout dépend de ce que l’on espère y trouver, des anecdotes sur un personnage aimé ou détesté, des informations sur son auteur ou encore un petit reflet de soi.

Il est cependant plus rare de lire la biographie d’un individu dont on ignore tout.

C’est pourtant ce que j’ai fait en lisant « L’auteur ! L’auteur », la biographie de Henry James.

Si je me suis aujourd’hui offert « Le tour d’écrou », un des romans majeurs du maîtres, je dois confesser que je n’ai jamais lu une seule ligne de son œuvre, n’avait jamais entendu parler de ses tentatives en tant que dramaturge et qu’au mieux son nom me semblait familier.

Alors pourquoi lire sa biographie ?

Pour son auteur, bien sur !

Si David Lodge décidait demain d’écrire un livre sur la culture de la betterave, il est fort a parier que je me plongerais immédiatement dans sa lecture (ou alors que je conserverais précieusement cet ouvrage pour un moment de creux où un livre de grande qualité est requis).

David Lodge est un des auteurs majeurs de notre époque, qui ne cesse de surprendre par ses pirouettes narratives, ses changements incessants de styles et son humour, sa maîtrise du nonsense qui en font un des auteurs les plus honnêtes que j’ai jamais lu (si ce n’est pas déjà fait, lisez n’importe lequel de ses romans, par exemple « Nouvelles du paradis » ou « Changement de décors »).