La bonté: mode d’emploi
25 09 2003La barre était placée assez haut ! J’avais adoré High Fidelity et A propos d’un gamin, et avait raisonnablement apprécié l’autobiographie Carton jaune (voir Archives Thématiques). Dès lors, j’attendais beaucoup de La bonté : mode d’emploi, le quatrième roman de Nick Hornby.
Même si pour la première fois le narrateur est une femme, c’est encore une histoire d’homme qui se cherche. Ce roman s’ouvre sur une demande … de divorce : « Ils se sont mariés, il est devenu gros et grognon, elle est devenue désespérée et grognon et a pris un amant. » La narratrice cherche un peu d’amour et d’imprévu dans l’infidélité mais ne cherche qu’à retrouver un autre mari :
« Que souhaites-tu au fond ?
J’ai une réponse à cette question. J’ai bien réfléchi, je n’ai qu’à recracher mon texte :
- Je ne veux plus que David soit David. »
Une histoire bien banale, en l’occurrence. Elle en a marre de son désintérêt, de son cynisme, de sa colère.
Le danger lorsque l’on fait de tels souhaits, c’est que parfois ils se réalisent et que la plupart du temps, on n’a pas assez réfléchi aux conséquences. Et elle va être exhaussée ! Son mari, l’homme en colère, va devenir bon du jour au lendemain.
Comment expliquer cela ? Alors qu’elle envisage sérieusement la possibilité qu’il ait une tumeur au cerveau, il lui explique qu’il a changé par l’action d’un guérisseur spirituel. Par une simple imposition des mains, il va devenir bon à l’extrême : partageant ses richesses, accueillant des sans-abris, invite le guérisseur à rester chez lui (un gourou au pair en quelque sorte), etc. au point d’en devenir insupportable.
On va suivre l’évolution de l’entourage de cet homme : la détresse de sa femme qui voudrait bien faire marche arrière, le désarroi de ses amis, la révolte de ses enfants, etc.
Vous l’avez compris, ce livre est prétexte à une réflexion sur la bonté et l’égoïsme inhérent à toute forme d’altruisme. Pour être tout à fait honnête, je n’ai absolument pas été touché par ce discours (il faut dire que mon taux de compassion envers mon prochain avoisine les 0 … je sais, je suis un monstre). Je trouve dommage que la seule raison invoquée pour expliquer ce changement de position, cette prise de conscience soit le surnaturel. Néanmoins, je rejoins pourtant l’auteur sur la conclusion de toute cette histoire : « charité bien ordonnée commence par soi-même » Pourquoi dilapider son énergie et son amour pour soulager les Malheurs de l’humanité avec un grand M alors que l’on peut aider la souffrance individuelle des personnes à qui l’on tient !
Un roman globalement décevant, qui tire un peu en longueur et dans lequel les objectifs de l’auteur son flous (dès lors, il n’y a aucun suspens). Il est quand même parsemé d’excellents moments. Ainsi, on ne peut s’empêcher de ressentir une forte impression de déjà vu à l’évocation de cette soirée entre amis :
« C’est comme ça que ça marche dans la plupart des cas. (…) on arrive, Andrew dit qu’Untel est un branleur et que son dernier livre est un torchon, et toi tu enchaînes en disant que le nouveau film de Trucmuche est à hurler de nullité – même si neuf fois sur dix tu ne l’as pas vu – et Cam et moi on reste là à sourire et à rire quand par hasard vous êtes drôles au lieu de vous montrer simplement teigneux, et ensuite tu te soûles et tu dis à Andrew qu’il est un génie, et lui se soûle et te dis que tu es un génie, après quoi on rentre. »
En conclusion, La bonté : mode d’emploi n’est pas un mauvais livre mais j’attendais beaucoup mieux de la part de Nick Hornby.
Publié par : Owen Meany à 09:16:42Permalien
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