[culture] George du Maurier, L’ombre et la lumière

01 10 2008

Il existe de nombreuses raisons d’écrire ou de lire une biographie.  La plus courante étant la fascination de la personne que l’on y fait vivre (même si cette personne est soi-même dans le cas de l’écriture d’une autobiographie). Tout dépend de ce que l’on espère y trouver, des anecdotes sur un personnage aimé ou détesté, des informations sur son auteur ou encore un petit reflet de soi.

Il est cependant plus rare de lire la biographie d’un individu dont on ignore tout.

C’est pourtant ce que j’ai fait en lisant « L’auteur ! L’auteur », la biographie de Henry James.

Si je me suis aujourd’hui offert « Le tour d’écrou », un des romans majeurs du maîtres, je dois confesser que je n’ai jamais lu une seule ligne de son œuvre, n’avait jamais entendu parler de ses tentatives en tant que dramaturge et qu’au mieux son nom me semblait familier.

Alors pourquoi lire sa biographie ?

Pour son auteur, bien sur !

Si David Lodge décidait demain d’écrire un livre sur la culture de la betterave, il est fort a parier que je me plongerais immédiatement dans sa lecture (ou alors que je conserverais précieusement cet ouvrage pour un moment de creux où un livre de grande qualité est requis).

David Lodge est un des auteurs majeurs de notre époque, qui ne cesse de surprendre par ses pirouettes narratives, ses changements incessants de styles et son humour, sa maîtrise du nonsense qui en font un des auteurs les plus honnêtes que j’ai jamais lu (si ce n’est pas déjà fait, lisez n’importe lequel de ses romans, par exemple « Nouvelles du paradis » ou « Changement de décors »).

Avec « L’auteur ! L’auteur ! », il se lance dans la tâche délicate de raconter une vie bien réelle en choisissant la prose, présenter une réalité sous une forme romanesque (surtout en sachant avec quel mépris Henry James considérait les biographes, détruisant une part substantielle de sa correspondance pour éviter que l’on puisse plus tard récupérer sa vie : « Je déteste penser que des gens pourraient les lire quand nous serons mort. (…) les publier, et en tirer de l’argent. Il en va ainsi à cette époque affreuse, américanisée qui est la nôtre. Il n’y a plus d’intimité qui tienne, plus de décence. Journalistes, biographes… Ce sont des parasites. »).

Malgré un début déroutant, il réussit à embarquer le lecteur dans un voyage fascinant dans la vie d’un homme en quête d’absolu  et ne récoltant au mieux qu’une reconnaissance tardive (parsemée de déception et d’une humiliation particulièrement cuisante).

Mais comme souvent dans les lectures, on se perd en chemin et dans cette biographie de Henry James, c’est un autre personnage qui m’a fait un clin d’œil, une icône du nonsense : George du Maurier.

George du Maurier, « Kiki » pour sa famille et ses amis, a été un des maîtres à penser de cet âge d’or du nonsense qu’a été le 19e siècle de l’Angleterre victorienne. Il était un des meilleurs amis de Henry James et là où James était en quête de gloire, du Maurier n’était qu’un artiste humble, plein d’humour et créatif. Si aujourd’hui le nom de James éclipse largement celui de du Maurier pratiquement tombé dans l’oubli, ce n’est pas sans une certaine ironique que de leur vivant, du Maurier connaîtra la gloire convoitée par son ami Henry et ce, presque par accident.

Né à Paris en 1834, c’est à Londres que du Maurier se fera un nom. Il se lance d’abord dans la peinture mais la perte d’un de ses yeux lui fermera à jamais la possibilité de devenir un peintre digne de ce nom. Il laissera derrière lui la vie de bohème parisienne pour devenir caricaturiste à Londres, succédant au célèbre John Leech dans le journal Punch.

Toute sa vie sera guidée par la crainte de perdre son deuxième œil et avec lui la capacité de s’exprimer à travers son art. Mais c’est sous la casquette de romancier qu’il deviendra probablement l’auteur le plus vendu et le plus lu de toute son époque (causant des sentiments contradictoires chez son ami Henry James).

Son premier roman, « Peter Ibbetson », n’a connu qu’un succès limité, mais son second livre « Trilby » dont il fit également toutes les illustrations, connaîtra un succès mondial marquant le début de cette récupération dysneyenne qui est devenu la règle aujourd’hui : des adaptations au théâtre mais aussi des chaussures, des glaces, des chapeaux, des balayettes et même des saucisses se verront étiquetées « Trilby ».

« Trilby » est l’histoire d’une jeune fille, devenue modèle nu pour les artistes, et qu’un hypnotiseur réussi à faire chanter comme un ange (alors qu’elle est dépourvue de tout talent en son absence). L’origine de son succès est quelque peu obscure et jamais du Maurier n’arrivera à renouveller son exploit. Il mourra en 1896, juste après avoir mis le point final à un second roman illustré « La martienne » qui ne connaîtra que bien peu de succès et se verra railler par les critiques.

Du maurier vivra mal sa renommée, étant le premier étonné du succès (et un peu énervé aussi puisque si le livre lui assurera une confortable fortune, ce ne sera qu’une goutte d’eau par rapport à ce qu’il aurait pu gagner s’il n’avait d’abord cédé ses droits pour 2000 livres.)

Si aujourd’hui du Maurier a laissé son empreinte dans l’inconscient collectif anglais (tout le monde sait ce qu’est un chapeau « Trilby », ce qu’est un « Svengali » du nom de l’hypnotiseur du roman ou encore l’expression « full monty » pour désigner un nu intégral), peu peuvent en retracer l’origine et son auteur. Il garde cependant une place de choix dans l’histoire du nonsense, grâce à  ses illustrations et limericks.

Un petit exemple de ses « vers nonsensiques à l’usage des familles anglaises » publiés en français dans le magasine Punch en 1877 :

« Il naquit près de Choisy-le-Roi ; Le latin lui causait de l’éffrois ; Et les mathématiques ; Lui donnaient des coliques, Et le grec l’enrhumait. Ce fut moi. »

« Il était un gendarme à Nanteuil, Qui n’avait qu’une dent et qu’un œil ; Mais cet œil solitaire ; Etait plein de mystère ; Cette dent, d’importance et d’orgueil. »

Un auteur á découvrir en filigrane dans la biographie de Lodge ou au milieu de ses pairs dans « Les dingues du nonsense » de Robert Benayoun.




[humeur] Gonna be a rock’n’roll star…

01 10 2008

Alors que je fais la queue pour prendre les billets de ce qui seront mes 7e et 8e vols de cette semaine, je vois à côté de moi un groupe de musiciens qui s’embarque pour les Etats-Unis. Ils sont facilement reconnaissables à leurs instruments et leur look décalé.

Je les regarde avec une petite pointe de jalousie mais pas trop.

Il faut dire que je n’ai pas trop mal réussi mon coup.

Bon, mon nom ne résonne pas encore pour l’éternité comme je l’espérais dans ma tendre enfance mais ce rêve là est vite mort profit de petites aspirations plus réalistes : devenir Indiana Jones et être une rock star.

Mais tu n’es pas un archéologue super sexy en quête de trésor perdus et ton dernier concert date de nombreuses années (et le maigre public pourra témoigner que tu étais loin de la rock star), me direz-vous.

C’est vrai.

Mais dans la vie, tout est question de perspectives.

Je suis un biologiste marin et chaque jour je m’aventure ou personne n’a jamais mis les pieds. Je crée la vie et observe des choses qu’aucun humain avant moi n’a vues. Il faut croire qu’Indiana Jones m’a inspiré plus que l’achat de l’une ou l’autre chemise.

Aujourd’hui que ma vie de chercheur prend un peu d’ampleur, je peux enfin goûter à la seconde partie de ma ligne directrice de vie. Je bosse en ce moment sur un sujet aussi grave qu’à la mode. Cela signifie qu’une partie de mon boulot est de parcourir le monde pour partager mes résultats avec mes confrères et essayer de convaincre les autres de l’urgence de faire quelque chose.

Pratiquement, cela signifie partir en tournée mondiale, avec ses dates de représentation (j’ai une conférence qui se rode au fil du temps), ses fêtes et ses débordements (appelés « Ice Breaker party » ou encore « Gala dinner »).

Je ne suis donc pas loin de la rock star ! Et je pense sérieusement à me faire imprimer un t-shirt de tournée.

Après tout, pour réussir sa vie, il suffit d’avoir 3 ans d’âge mental, faire ce que l’on aime et de ne pas se prendre au sérieux.




[livre] L’industrie du sexe et du poisson pané

30 09 2008

On ne saura jamais qui a inspiré l’autre mais alors qu’un individu faisait l’analogie entre une tornade balayant une montagne de pièce détaché pour former miraculeusement une voiture (comme analogie à la probabilité que la vie soit apparue juste par « chance »), les shaddoks tentaient l’expérience : si les chances de créer un vaisseau spatial en lançant des pièces détachées en l’air est de une sur un milliard, il suffit de répéter le procéder 999 999 999 fois « pour rire » et obtenir son vaisseau au dernier lancer.

Il suffisait d’y penser.

Cet absurde pied de nez aux statistiques va dans le sens du fait que celui qui ment en disant en mensonge peut parfois dire la vérité.

Ainsi, il ne faut pas confondre nonsense et n’importe quoi.

Le nonsense n’est pas absence de sens (contrairement à ce que le mot peut évoquer, ce qui en soit est déjà un nonsense mais je ne vous emmerderai pas avec les fractales cette fois ci). Le nonsense, c’est ce qui ne va pas dans le même sens que les autres, même pas en contre sens.

Cela peut ressembler à du n’importe quoi mais c’est beaucoup plus que cela (propriétés émergentes, bla bla bla).

Par contre, serait-il possible que du nonsense naisse du n’importe quoi, à l’instar du menteur qui dirait parfois la vérité par mégarde ? Le nonsense pourrait-il naitre de cette tempête balayant une décharge ?

J’aime à penser que oui.

Prenez le roman d’Emmanuel Pierrat : « L’industrie du sexe et du poisson pané » (oui, j’ai encore été victime d’un achat compulsif basé sur un titre intrigant et la présence du mot « déniaisé » en quatrième de couverture, mot qui a presque autant de saveur que le « déviergé » que j’ai du croisé au détour d’une case de « Carmen Cru »).

Prenez donc ce livre, se pourrait-il qu’il contienne quelques perles de nonsense ?

Rien que la démarche a quelque chose d’absurde.

« L’industrie du sexe et du poisson pané » est calqué sur le schéma du roman érotique de gare (pour en découvrir les procédés d’écritures, je vous invite à lire l’excellent « Adios Schéhérazade » de Donald Westlake). Deux magnifiques jumelles orphelines, ayant connu trop jeune un sexe décevant et brutal, décide de quitter à 18 ans leur Bretagne natale et leur vie de pêcheuse au gros, pour explorer ce que le sexe peut leurs apporter à Paris (leur imagination ayant été titillée par leurs lectures et leurs expériences zoophilo-incestueuses). Elles débarquent dans la capitale où un lointain cousin bi-sexuel se révèle être un guide hors pair (paire ?).

Du porno super soft et un peu plus intellectualisé (avec de ci, de là, des vindictes contre les biens pensants, la prostitution, la pédophilie, ) mais qui a néanmoins du mal à choquer après le passage d’un Houellebecq qui a fait cela avec beaucoup plus de talent. Ajoutez à cela des analogies poissonnières et vous avez entre les mains le roman de Emmanuel Pierrat.

Pas de la grande littérature, parfois franchement consternant, ce roman se laisse pourtant lire « juste pour rire » et amusera ceux qui s’amusent de la sexualité jusque dans l’excès. 




[musique] Le retour des champions

25 09 2008

PROLOGUE

Queen est moi, c’est une histoire qui ne date pas d’hier. Enfant, je collectionnais amoureusement les cassettes enregistrées à partir des vinyles. Aujourd’hui, je reste un amateur de la première époque et je considère que « A night at the opera » est un de 10 albums sur ma liste des meilleurs albums de tous les temps.

Alors, que penser du retour de Queen bien des années après la mort de son leader charismatique Freddy Mercury ? Après tout, comme me le disait encore un fan hier « Queen c’était 90% Freddy Mercury ».

Voici une petite histoire en 4 actes pour faire le point sur le « return of the champions » avec à leur tête le polyvalent Paul Rodgers.

ACTE I – Mythologie

Pour beaucoup, le retour de Queen sous la forme « Queen + Paul Rodgers » a quelque chose d’hérétique, un peu comme de lire une Bible dans laquelle Jésus serait remplacé par Pascal Sevran. Mais pour moi, ce n’est pas si perturbant. Il faut savoir que j’ai une certaine tendance à interpréter les faits sans toujours les vérifier pour ensuite les intégrer dans ma mythologie personnelle. Si cette tendance s’est un peu calmée avec l’âge, cette forme d’auto-crédulité était assez prononcée dans mon enfance.
Ainsi, pour moi, Freddy Mercury n’était pas le chanteur de Queen. Il n’était que le nouveau chanteur de Queen à partir du moment, où selon mes critères personnels, le groupe à entamé la pente descendante.

Je situe précisément ce moment à la sortie du single « Radio Ga-Ga ». Pour l’occasion, l’émission de clip que je regardais hebdomadairement sur la chaîne belge avait mis les plats dans les grands. L’animateur de l’époque avait présenté le clip en faisant une parodie de publicité pour une marque de lessive : « prenez un baril de Queen, ajoutez une bonne dose de Freddy Mercury… » pour ensuite laisser place au clip aujourd’hui célèbre combinant image du groupe (et préparant le public aux gestes démentiels qu’ils continuent d’utiliser aujourd’hui) et extrait de « Metropolis ».

Comment ? C’est Queen, ca ?

Cette déception ne pouvait provenir que de l’influence maléfique de ce nouveau chanteur, Freddy machin.  Mais pourquoi diable avaient-ils changés de chanteur ? QU’est-il arrivé au chevelu qui chantait avant ?

Une seule explication s’imposait, tel Bon Scott terrassé par son vomi, il avait du passer l’arme à gauche ! (ce que la pochète d’un précédent album ne pouvait que confirmer même si le paradoxe temporel aurait du me mettre la puce à l’oreille).

Il m’a fallu de nombreuses années et de nombreuses humiliations publiques pour enfin découvrir la vérité. Et si Freddy Mercury est bien mort, ce n’est que de nombreuses années plus tard.

Alors, vous pensez… un nouveau chanteur pour Queen, ce n’est pour moi qu’un chanteur de plus !

ACTE II – les ravages du temps

Depuis que je vis en Suède, j’ai pris une certaine distance avec la télévision. C’est donc par une incroyable coïncidence que j’ai profité de la sieste dominicale des deux monstres pour allumer le poste en ce dimanche pluvieux. Je suis tombé sur la diffusion du concert pour les 90 ans de Nelson Mandela auquel participait une belle brochette d’artistes, nombre sortant du caveau des années 80. Si j’ai a peine reconnu Peter Gabriel ou encore eu de la peine pour Simple Minds, ces magiciens de la foule, qui semblent avoir perdu leur don face à un public qui les a oublié, j’ai été positivement impressionné par le final de Queen + Paul Rodgers, reprenant les standards du groupe avec une pèche épatante.

Mon petit cœur d’enfant idiot et crédule s’est remis a battre dans ma poitrine et une petite pointe de regret s’est mise à me titiller.

Pourquoi diable n’avais-je jamais eu l’occasion de voir ces monstres en concert ?

Et puis l’idée folle s’est mise à envahir mon cerveau perturbé : et s’il n’était pas trop tard ?

Une rapide recherche sur le net m’a renseigné. Queen + Paul Rodgers avaient déjà fait une tournée il y a quelques années (damned !!!) mais allaient sortir bientôt un nouvel album studio intitulé « The cosmos rocks ». Qui dit album dit souvent tournée. J’ai poursuivit plus avant ma recherche et cherché les dates de la tournée européenne. Après tout, il n’était pas improbable qu’ils passent par Göteborg qui se trouve à un jet de pierre de ma maison perdue au fond des bois.

Mais le destin en avait décidé autrement…

Pas de date en Scandinavie. Il ne me restait que l’Allemagne ou la Belgique. The cosmos sucks. Putain de Karma !

Mais après tout, mon anniversaire était proche et pourquoi ne pas faire une petite folie. Le cœur battant, je me suis donc payé un aller-retour pour Bruxelles et profiter de mon séjour de moins de 24 heures dans mon pays natal pour aller voir Queen et son nouveau chanteur au Sportpaleis d’Anvers le 23 septembre 2008.

ACTE III – The return of the champions

L’aventure était en marche. Mais l’explorateur ne part jamais sans bien préparer son expédition.

Je me suis donc procuré l’album de la tournée précédente, un double album intitulé « The return of the champions ». 

Avec lui sont venues les premières inquiétudes.

Oui Paul Rodgers se débrouille plutôt bien, imposant son propre style sans essayer de faire son « Freddy Mercury », les standards du groupes sont excellents et agréables à ré-écouter mais l’album est terriblement inégal. Dans les meilleurs des morceaux, l’album manque de vie, est trop polissé, trop travaillé. Il manque l’étincelle de magie. Mais c’est surtout quand les anciens membres du groupe, Rodger Taylor en particulier, se placent sur le devant de la scène pour interpréter quelques morceaux que les choses se gâtent… Cela culmine avec Taylor essayant d’imposer une nouvelle chanson au lance-pierre « Say it’s not true ».

En résumé, un bon début, un bon final et dans la tranche quelque chose d’assez indigeste.  

ACTE IV – The cosmos rocks

Le nouvel album studio est encore tout frais, ne sortant que quelques jours avant la date du concert.

Ne pouvant attendre, j’ai fait une petite recherche pour essayer de découvrir en « sneak preview » quelques plages de l’album à venir. Il y avait déjà « Say it’s not true » joué en concert lors de la précédente tournée et j’ai facilement pu tracer un extrait de passage à la télévision où le groupe jouait le futur premier single de l’album « C-lebrity ».

De nouveau, il y avait de quoi s’inquiéter. Si le morceau, sorte de critique légère du star système de l’âge de la télé-réalité qui ne peut que déstabiliser ces papy du rock est écoutable, il est loin des critères de qualités que l’on attend d’un groupe comme Queen, en particulier pour leur grand retour. Il fait plutôt sourire.

Le reste de l’album est du même tonneau. Un album sympathique, très écoutable, mais manquant singulièrement d’originalité et perdu entre différents styles. Du « rock à papa » pour reprendre l’expression du gars assez classe qui m’a accompagné plus tard au concert et rien qui pourra séduire une nouvelle génération qui ne connait de Queen que les deux albums « best of ».

C’est donc avec un enthousiasme quelque peu refroidit que je me suis rendu au concert, ce 23 septembre 2008 à 20h30 (non sans un arrêt par le palais de la pitta pour une traditionnelle petite collation).

ACTE V – Dans l’arène

Première constatation, le public est plus jeune que prévu. Si les quinquagénaires sont là, tous les âges sont représentés et je ne peux que sourire à la vue de ces gamins de 18 ans avec leur T-shirt de tournées d’avant leur naissance.

Les lumières s’éteignent. Les étoiles s’allument, scintilles, des météores bruyants envahissent la salle, le public s’échauffe (vont-ils commencer le concert par un « Flash » de derrière les fagots ?) et enfin, le son reconnaissable entre mille de la guitare de Brian May explose dans un flash de lumière.

Ils sont bien là, en chair et en os, Brian May, Rodger Taylor et Paul Rodgers. Ils se lancent alors dans une sélection de tubes des premières heures.

Rapidement, il apparait que le seul qui semble s’amuser sur scène est Paul Rodgers (et ce malgré les ridicules phrases lancées au public sans grande conviction, tels des « Formidable » de Charly Oleg). Il a la patate et est visiblement content d’être sur scène, souriant autant que le chanteur de Wet Wet Wet (ce qui n’est pas peu dire).

Pourtant, le public semble ingrat.

Les applaudissements pour Paul Rodgers sont juste poli, ce qui est particulièrement évident lorsqu’il interprète un morceau en s’accompagnant seul à la guitare acoustique.  Personne ne semble voir que c’est lui qui porte aujourd’hui le groupe sur ses épaules, insufflant de l’énergie là où Brian May semble se décomposer sur place (sans pour autant remettre en question son incroyable talent de guitariste) et Rodger Taylor semble prêt à mourir sur scène à tout moment.

Le groupe a joué 4 pistes du nouvel album, avec à la clé un accueil tiède du public (« voici un morceau de notre nouvel album The Cosmos rocks, vous êtes probablement 3 à l’avoir acheté », annonce Brian May de façon assez réaliste).

Une fois de plus, le milieu du concert est assez plat alors que Paul Rodgers est écarté pour laisser la place aux anciens : une sympathique version de ’39 par Bryan May et la traditionnelle « I’m in love with my car » par Taylor qui ferait vraiment mieux de s’en tenir aux percussions. Je passerai sous silence les interminables solos de batteries (même si l’introduction percussion-basse de Taylor était sympathique) et de guitare (note pour note le même que pour la tournée précédente) ainsi que les tristes manipulations du public à grand coup de « mon pote Freddy » (au fait, il est devenu quoi John Deacon ? On peut juste raisonnablement penser qu’il est toujours en vie puisque qu’il n’y a pas eu d’hommage chez Jean-Pierre Foucault).

La salle reprend un peu vie pour la dernière partie quand Queen retourne dans son bread and butter avec une succession de morceaux ultra-prévisibles.

J’ai passé un bon moment même si ce n’était pas aussi LEGEN… wait for it… DARY que prévu. Cela m’a permis de constater que le public ne se déplace que pour voir un groupe de reprise, sans laisser grande place à la nouveauté ou une vraie chance à Paul Rodgers. Le groupe, avec une lassitude évidente, donne au public ce qu’il veut : une sorte de karaoké géant où tout un chacun peut faire les gestes démentiels.

Pour ma part, je propose de rebaptiser le groupe Paul Rodgers + Queen et je vais de ce pas explorer plus avant la carrière éclectique de ce mercenaire du rock.

Voir Queen en concert, c’est fait.

Prochaine étape ? ACDC l’été 2009 ?

EPILOGUE
Dans le troisième avion qui m’éloigne un peu plus de la Belgique, je raconte le concert à mon patron qui a son tour m’étonne d’une petite anecdote.

Il se trouve que Brian May et lui viennent d’un même village en Angleterre et qu’ils leur arrivent de se croiser au détour d’une route.

Il y a de nombreuses années, alors que mon patron assistait à la traditionnelle pantomime du village, il fut fort contrarie par cet individu se trouvant devant lui et donc l’abondante coiffure lui bouchait la vue (c’est une des raisons pour laquelle la reine Fabiolla a une loge personnelle au théâtre et à l’opéra).  Ajoutant à cela une veste en cuir noir, mon patron aurait glissé, non sans quelques sarcasmes :

-          Un gars du village se prend pour une star du rock…

Avant de découvrir qu’il s’agissait du guitariste de Queen.

It’s a small world.

EPILOGUE 2

Mon patron semble incollable sur Brian May (« J’aimerais pouvoir dire que je le connais ») et m’a raconté une nouvelle anecdote que je vais mon contenter d’ingurgiter sans prendre la peine de la vérifier, comme au bon vieux temps. Ainsi, Brian May aurait fait des études d’Astronomie et un doctorat qu’il aurait interrompu suite au succès de Queen.  Ce n’est que récemment qu’il aurait repris cette branche oubliée de sa vie et terminé son doctorat pour devenir officiellement un docteur en astronomie. Voilà qui explique peut-être pourquoi « The cosmos rocks », l’omniprésence de sons « spatiaux » et l’allusion au paradoxe einsteinien en introduction de « 39 » lors du dernier concert.

C’était vraiment très intéressant !




[film] L’homme des hautes plaines

19 09 2008

La chaleur fait scintiller la plaine qu’une musique stridente contribue à rendre malsaine. Et soudain, un cavalier dont le cheval trottine calmement vers la petite ville de Lago, petite ville minière surréaliste posée au bord d’un lac. L’homme pénètre dans la ville sans un regard pour ses habitants, ces derniers visiblement intrigués par l’arrivée de l’étranger. Une chose est sure… personne n’oubliera le jour de son arrivée.

Ainsi débute " L’homme des hautes plaines ", un des westerns les plus étranges et remarquable sortit au début des années 70. Une fois de plus, il porte l’empreinte de celui qui contribuera à renouveler ce genre encore et toujours, Clint Eastwood, portant dans ce film les casquettes d’acteur, réalisateur et producteur.

Pour cette seconde réalisation qui marque le début d’une longue carrière à la reconnaissance tardive, Clint Eastwood décide de donner une nouvelle dimension surréaliste au western.

Si certains aspects sont conventionnels du genre (on est encore loin du réalisme de " Deadwood "), " L’homme des hautes plaines " est un OVNI (tout comme le seront " Josey Wales hors la loi " ou " Impitoyable " bien des années plus tard). Un film à la croisée des genres, entre " Pour une poignée de dollars ", " Lost highway " et " Angel heart ".

En choisissant de tourner loin des studios hollywoodien (tout en bouclant son film en 6 semaines, en avance sur le planning et en dessous du budget), Clint donne au film un cadre d’étrangeté que vient compléter le parfum surnaturel du héros, sortit de nul par pour plonger une petite ville littéralement en enfer. Loin du justicier, il n’hésite pas à se faire le bras droit du diable pour tourner les habitants les une contre les autres, prendre ce qu’il veut en tout impunité (femmes comprises) et plonger cette " babylone du far " dans le chaos.

L’étranger est un archange apocalyptique venu perpétrer la vengeance d’un marshall victime de la cupidité et de la lâcheté des citoyens. Curieusement, personne dans la ville ne semble remarquer la ressemblance troublante entre les deux hommes, cet étranger mystérieux et l’homme enterré sans même une plaque portant son nom, sans doute aveuglé par le péché et la culpabilité qui les ronge.

" L’homme des hautes plaines " est un film culte pour son mélange de genre et son ambiante sans comparaison encore aujourd’hui, sorte de " Une nuit en enfer " qui aurait la sobriété de la caméra de Clint Eastwood. A voir aussi pour découvrir les premiers pas d’un des plus grands réalisateurs de notre temps.




[musique] Young Owen plays it cold (0)

16 09 2008

(0) Est-il besoin de rappeler que l’humour nonsense est glacé, sophistiqué et hautement référencé et que la note de bas de page (de préférence totalement hors sujet) fait partie de ses traditions ? Commençons donc par une note de bas de page perdue en haut de page et vous proposant le jeu : « toi aussi explique le titre de ce texte ». A gagner un apéritif au dernier restaurant avant la fin du monde.

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« A un moment, ells n’existaient pas, en tout cas sous une forme qui retenait l’attention, et le moment d’après on ne pouvait plus les éviter : elles étaient partout, où qu’on tourne les yeux. »

Cette petite remarque anodine de Nick Hornby (1) concernant l’apparition presque magique des filles au début de l’adolescence pourrait aussi s’appliquer aux références au ‘Guide Galactique’ lorsque celui-ci s’introduit subrepticement dans votre vie. Ne le niez pas, les ‘42’ sont partout, parfois dans les endroits les plus inattendus et ils nous sautent à la figure, tel des labradors mouillés sur votre costume du dimanche. Je n’ai pas la moindre idée de ce que cela peut signifier (probablement rien mais il faudrait mesurer un kiosque à journaux pour en être sûr, 2).

Un exemple ?

Prenez Coldplay, le « plus grand groupe de rock du monde » selon les délires radiophoniques de publicitaires belges (3). Il est déjà discutable de considérer Coldplay comme un groupe de Rock mais en plus chacun sait que le plus grand groupe de rock du monde et de l’histoire n’est autre que Plan Orsec ! (4). Il faut cependant reconnaître que ces deux groupes ont en commun un succès énorme sans faire preuve d’une grande originalité et que tous deux ont finit « Dans le soleil » (5).

Attention, je n’ai pas dit que je n’aimais pas Coldplay. Il faut leurs reconnaître une redoutable efficacité (á défaut d’une réelle originalité). Les balades de Chris Martin sont magnifiques, les morceaux sont parfaitement huilés selon des recettes parfaitement éprouvées (par d’autres groupes plus expérimentaux) avec au final, par exemple sur leur dernier et quatrième album ‘Viva la Vida or Death and All His Friends’, à une succession de hit à la perfection effrayante. C’est très beau, très plaisant mais un peu lisse au point que cela pourrait presque plaire à la grand-mère susmentionnée (suce mentionnée ???) si elle n’était pas en phase terminale depuis 10 ans.

Rien à voir avec un groupe comme Radiohead (auquel Coldplay est souvent injustement comparé) qui est devenu le plus grand groupe de rock du monde (oubliez la note (4)) en revisitant le genre rock dans sa période bénie ‘The Bend’ et ‘OK Computer’ avant de le quitter pour se lancer dans de nouvelles aventures.

Pourtant, les deux groupes ont bien quelque chose en commun… Ne citons que quelques pistes célèbres de ces deux artistes : ‘Paranoïd androïd’ pour Radiohead et ‘Don’t panic’ & ‘42’ de Coldplay.

Vous l’avez compris (une page de déblatération pour en arrivez là), il s’agit de références à saint Douglas Adams ! (6).

‘Don’t panic’ est la plage d’ouverture de ‘Parachute’, le premier album de Coldplay sortit en 2000 et qui fera découvrir le groupe avec des titres comme ‘Yellow’ ou encore ‘Trouble’. Un morceau ‘guitare’ pop-rock folk de base, ma foi assez plaisant, avec des paroles répétitives et assez minimaliste :

« Oh, we're sinking like stones, All that we fought for, (…)We live in a beautiful world »

‘42’ est une des plages marquante du dernier album en date sortit cette année. Il débute sur une balade voix-piano qui a fait les heures de gloire du groupe. La douce voix de Chris Martin est rapidement rejointe par une pléiade d’instrument, base, violon, batterie discrète.

« Those who are dead are not dead, They’re just living my head (…) »

Le morceau bascule alors dans une partie plus rythmée qui emprunte des riffs à Radiohead et les changements de rythme que l’on retrouve par exemple chez Dire Straits de l’époque ‘Romeo & Juliet’.

« You thought you might be a ghost, You didn’t get to heaven but you made it close »

Efficace mais rien à voir avec la richesse musicale de ‘Paranoïd android’ dont les paroles plus délirantes et moins faussement profondes qui rendent hommage à l’univers nonsense (« That's it, sir, You're leaving, The crackle of pigskin, The dust and the screaming, The yuppies networking, The panic, the vomit, The panic, the vomit, God loves his children, God loves his children, yeah! »

Alors l’éternelle question revient sur toutes les lèvres : « Pourquoi 42 ? »

Est-ce une blague en base 13 ? Est-ce une réponse à une question que le groupe se pose ?

Les paroles de la chanson sont assez peu éclairante et les spécialistes se disputent sur la question (enfin surement).

Certains évoquent le fait que l’album dure 42 minutes, font allusions aux 42 chansons qui ont été évincées de l’album précédent et d’autres explications farfelues du même tonneau.

La réponse, comme souvent, est venue de la bouche de Chris Martin (7) :

« Je ne pense pas que vous puissiez essayer de devenir le meilleur groupe du monde sans avoir une chanson qui soit un numéro » (8).

Et quitte à prendre un numéro, pourquoi pas 42, comme le répétait Douglas Adams…

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(1) Dans son premier et probablement meilleur roman ‘Haute fidélité’.

(2) Je sais, cette phrase est encore plus absurde que les autres. Dans ma mythologie personnelle, Umberto Eco aurait fait référence au fait qu’on aurait retrouvé le nombre d’or, cette proportion ‘magique’ censée conféré beauté et longévité à toute création, un grand nombre de fois dans un kiosque à journaux des plus banal (et donc des plus hideux et périssable, tout comme ma grand-mère). L’histoire est belle, peut vous aider à séduire une poulette perturbée dans un bar enfumé mais je ne suis pas certain mes sources. J’ai eu beau me replonger dans ‘Le pendule de Foucault’ que je pensais être l’origine de l’histoire, je n’ai jamais pu remettre la main dessus…

(3) Je place un copyright sur cette nouvelle insulte !

(4) Selon le Guide Galactique (voir ‘Le dernier restaurant avant la fin du monde’) : « Plan Orsec, groupe de pluto-rock originaire de la région d’A.J.T. du Bocal est considéré non seulement comme le plus bruyant de tous les groupes de rock de la Galaxie mais en fait comme le plus bruyant de tous les bruits tous court. » et selon Ford Escord et Zappy « Le plus grand », « le plus riche » des groupes de rock de l’histoire de l’histoire elle-même.

(5) Une des grandes performances de Plan Orsec est de terminer un concert en plongeant dans un soleil alors que plus prudent, Coldplay en collaboration avec Michael Stipe de R.E.M. se sont contentés de chanter sur la chanson ‘In the sun’.

(6) « J’aime bien les préliminaires », comme me le disait encore ma belle hier… Rhaaaa Lovely. Sinon, on notera aussi l’apparition d’un robot « marvinien » dans un clip de Coldplay dont j’ai oublié le titre.

(7) Est-il de la famille de Dean, Aston et Ricky ? Une chose est sûre, il aime les films gore (Martin… Gore… humooouuurrrr !)

(8) Ne citons que ‘40’ de U2, ‘1979’ de Smashing pumpkins ou encore ‘39’ de Queen. Il faudra que je consulte la discographie de Plan Orsec pour vérifier cette théorie.




[humeur] Books strike back

11 09 2008

Bonjour et bonjour Pénéloppe,

La grande nouvelle de la semaine est le retour de ma bibliothèque. 2000 volumes qui dormaient au fond de la cave de mes beaux-parents depuis mon départ au pays de la korv och bröd et qui a trouvé enfin sa place dans ma nouvelle maison au fond des bois.

Mais, me direz-vous, quel peut être l’intérêt de posséder une bibliothèque à l’heure d’Internet et de Wikipedie ? Pourquoi se faire chier à passer ses dimanches à prendre la poussière sur ces objets disgracieux alors que vous pouvez tout savoir en un click ?

C’est parce que, Pénéloppe Solette, une bibliothèque n’est jamais obsolette, elle est aussi utile qu’une bicyclette, ou qu’une paire de chaussette.

Une bibliothèque se révèle être une partie unique de la connaissance alors qu’Internet n’est que le reflet de l’inconscient collectif. A l’ère de l’uniformisation des connaissances, les livres restent un moyen de se différencier.

La démonstration en sept jours (je pique l’idée à Dieu).

Lundi (en 1789)(ou Vendredi… voir Jeudi ou Lundi… enfin voir plus bas)

Le gang-bang, cette pratique sexuelle extrême, ne date pas d’hier et serait même lié au régime végétarien.

Dans le chapitre " Observations qui prouvent que l’homme peut vivre uniquement de végétaux, sans que sa constitution en souffre " (on savait écrire les titres en 1789) du livre ‘Bibliothèque physico-économique’, on y retrouve consignées les observations de chercheurs ayant participé à l’expédition des frégates ‘La boussole’ et ‘Astrolabe’ autour du monde.

De passage à l’île de Pâque, où la viande se fait plutôt rare et où les autochtones ne mangent que des légumes en se lamentant sur les forêts perdues. Malgré se régime végétarien, " les hommes y sont agiles et lestes comme des cerfs, et ils semblent jouir d’une très bonne santé " et les femmes, elles, loin de dépérir du manque de saucisses n’en sont pas " froides et lentes dans l’exercice des plaisirs de Vénus ".

Pour preuve cette petite anecdote : " Une de ces femmes qui vint à la nage joindre, loin du rivage, le vaisseau à bord duquel étoit M. Sparrman, soutint, dans l’espace de quelques heures, les embrassements de dix-sept hommes de l’équipage, avant de retourner à terre encore à la nage. "

L’histoire ne dit pas si cela c’est passé un lundi mais j’aime à le croire. Par contre, il est certain qu’aucun des 17 mercenaires n’a téléphoné à la demoiselle comme ils avaient tous promis de le faire (" on s’appelle ") et je ne trouve pas que le fait que le téléphone n’existait pas encore à l’époque, ni qu’il ait été installé sur l’île de Pâque soit une excuse valable.

Quoi qu’il en soit, vous y penserez la prochaine fois que vous direz à vos mouflets : " mange tes légumes ! " (1)

" Veg’ baaadd… veg’ baaaad… say not to carrot… "

Lundi, les canards sont á la marre…mar… mar…

Mardi (Samedi)

" Porridge today, Gromit, it’s tueeeee-sday "

5.15 du matin. Fiskebäckskil est loin de se réveiller. Et personne ne m’apporte mon porridge. Ce qui en soit est probablement une bonne chose.

Comme il est trop tôt pour savoir ce qui va se passer aujourd’hui, je vous propose donc de disserter sur le nonsense et pour lancer le débat, je pose les questions suivantes : " est-il possible de définir le nonsense ? " et " peut-on écrire sérieusement sur quelque chose de drôle ? "

Les réponses sont " oui " et " non " mais je ne sais plus dans quel ordre.

Quoi qu’il en soit, je vous invite à lire ‘Les dingues du nonsense’ de Robert Benayoum qui s’attaque malgré lui aux deux questions. Dans une introduction très sérieuse intitulée ‘Le sens du nonsense’, l’auteur nous explique qu’il est impossible de définir le nonsense et ensuite s’applique à le faire, ce qui est parfaitement dans l’esprit du nonsense mais curieusement est incompréhensible et assez peu drôle.

Pour être honnête, je n’ai rien compris. Il faut dire qu’il est trop tôt pour 39 pages de " Ne cherchant pas à discerner le vrai du faux, mais bien à confondre, le nonsense évite soigneusement la méthode discursive et échelonne ses jugements suivant un ordre parfaitement arbitraire. "

Ah ah ah (enfin, pas vraiment).

Alors ? Qu’est-ce que le nonsense ? Une chose est sure… le nonsense n’est pas n’importe quoi et le nonsense à un sens, juste un sens qui va à l’encontre de l’évident, un sens contradictoire et enfantin.

Je vous laisse méditer sur cette petite histoire qui a elle seule définit mieux le nonsense qui nous habite que n’importe quelle définition de dictionnaire.

J’ai vu un garnement qui debout sur la tête

Riait tout fort, à mon grand désarroi.

Je lui dit de se mettre aussitôt à l’endroit,

Mais pour toute réponse, il se moqua de moi :

Sur vos pieds, me dit-il, vous avez l’air si bête,

Que je ne peux me retenir de rire ! "

Mardi, ils s’en vont jusqu’à la mer…mer…mer…

Mercredi (Dimanche)

Devinez qui est né un mercredi ? Allez devinez ??? Votre serviteur !

Je vous propose donc, plutôt que de célébrer le jour l’année de votre naissance (ce qui vous fait au mieux une centaine d’anniversaire par an), de fêter le jour de la semaine de votre naissance. Cela multiplie par 52 les occasions de souffler les bougies (et cela relancera le commerce de la vente de gâteau, de fabrication de bougies, la médecine et les régimes).

Devrait on changer le mot en semainiversaire ?

Dans la foulée, pourquoi ne pas changer aussi le concept même de l’astrologie ? Créons sept nouveaux signes basés sur les sept jours de la semaine. Tu es né un mercredi à 6.42 ? Tu es donc Pokemon descendant Porridge.

Les Pokemons sont des personnes exceptionnelles. Elles sont belles, intelligentes, drôles, elles sentent bon de la bouche au réveil, et sont capables de replier une carte routière sans se tromper (presque des X-men selon les critères de Gotlieb).

Par contre, si vous êtes ascendant Porridge, cela signifie que vos parents sont distraits et qu’ils ont bêtement oubliés d’inviter la fée marraine à votre baptême et que vous avez un sexe atrophié.

Pour compenser, vous avez une grosse bibliothèque (tu veux la voir, ma grosse bibliothèque ???)

Mercredi, ils organisent un grand jeu…jeu…jeu…

Jeudi (Lundi)

Je viens de relire la Bible.

Enfin, la genèse.

Enfin, le début.

Et en lisant : " Dieu dit : ‘ Qu’il y ait des luminaires au firmament pour séparer le jour de la nuit, qu’ils servent de signes tant pour les fêtes que pour les jours et les années… bla bla bla… quatrième jour. ", je me suis dit que c’est seulement le jeudi que Dieu a créé les jours de la semaine.

Par conséquent, je propose de faire un nouveau calendrier basé sur cette nouvelle lecture de la Bible, créer une secte (ou une sexte, ce qui serait plus drôle) où le premier jour de la semaine (le lundi) serait le quatrième ! Par exemple, le dimanche serait ainsi le jeudi, etc.

Par contre, je me demande ce que cela va changer pour notre nouvel horoscope…

Encore une chose qu’Elizabeth Teissier n’avait pas prévu (par contre Nostradamus, si, comme le prouve ce quatrain : " La verge en main mise au milieu de Branches, De l'onde il moulle & le limbe & le pied. Vn peur & voix fremissent par les manches, Splendeur diuine. Le diuin prés s'assied.  ")

Il va y avoir du boulot… Ainsi, il va falloir rebaptiser pas mal de choses : " Vivement lundi ! ", cette série d’auteur avec Bernard Menez, deviendra " Vivement Jeudi ! " (pareil pour " Pas mal pour un lundi " de De Caune et Algoud qui deviendra " Pas mal pour un jeudi "). Francis Cabrel chantera " un mercredi soir sur la terre " et n’oublions pas Sunday Adams.

Jeudi, ils volent dans le vent…vent…vent…

Vendredi (Mardi)

Aujourd’hui est le jour dont vous êtes le héros.

- Si vous adoptez le nouveau calendrier (voir Lundi)… allez à Vendredi (2)

- Sinon (voir Jeudi), lire la nouvelle ci-dessous.

Ahh C’est enfin la fin de la semaine et comme dit le proverbe haïtien : " Si le labeur était une bonne chose, il y a longtemps que les riches l’auraient accaparé. "

Tiens et pourquoi ne pas en profiter pour faire un duel de citation ?

A ma droite, ‘Le grand livre des proverbes Africains’ présenté par Ahmadou Kourouma. A ma gauche, ‘Dictons et expressions populaires de Normandie’ compilé par Hervé Eveno.

Le principe est simple, par 5 fois j’ouvre le livre au hasard et lis la première citation de la page.

Gong

Premier round :

  • Au mois d’aout, le vent est fou
  • Si tu ne tues pas, tu ne dépèces pas

Second round :

  • Vent du nord qui mouille, pas plus de poisson que sur la peau de mes couilles
  • Le petit oiseau bavard n’a pas de graisse au derrière

Troisième round :

  • Comme la brebis qui bêle, il perd sa gouleye
  • Le petit rat ne tète pas les mamelles du porc-épic

Quatrième round :

  • Pour dire qu’y a d’la pomme, y en a point ; pour dire qu’y en a point, y en a !
  • Où se lève le serval se couche la martre

Cinquième round :

  • Prêter son qu’va, c’est plus dur que donner sa fille à marier
  • Si tu vois un crapaud couché sur le dos, ce n’est pas le plaisir qui le mit dans cette position.

Ce premier match se termine par un nul… mais lequel ?

Vendredi, ils se dandinent comme ça…sa…sa…

Samedi (Mercredi)

Finalement, ce fut une semaine assez calme ou alors c’est juste que j’ai été trop fainéant pour faire mes devoirs et que je me suis contenté de rester dans ma tour d’ivoire au milieu de la foret à écrire n’importe quoi. A noter que ces deux propositions ne sont pas exclusives.

Il faut dire que j’ai une vie un peu spéciale. Cette semaine, j’ai masturbé des tunicités, tué quelques milliers de bébés en bas âge, pris des photos d’embryons et j’ai préparé ma tournée mondiale (Owen on tour… de nombreuses dates à travers le monde… Ok ce ne sont que des conférences mais j’ai toujours rêvé d’être une rock star et je ne suis qu’un biologiste).

Alors je vous propose de garder ce Samedi pour les commentaires.

Et vous ? vous avez fait quoi cette semaine ?

C’était vraiment très intéressant.

Samedi, ils pensent à Lady Di…di…di… (3)

Dimanche (Jeudi)

" Régis

Né lundi,

Baptisé mardi

Marié mercredi,

Malade jeudi,

Pire vendredi,

Mort samedi,

Enterré dimanche,

Telle fut la fin de Régis. "

Il n’y a pas à dire, c’était vraiment une semaine de merde pour Régis (qu’est-ce qu’il est con ce Régis). Et ca, c’était vraiment l’image de la semaine !

Dimanche, la semaine est finie, on recommencera lundi.

--

(1) Comme disait l’Oncle Sagamore dans ‘Fantasia chez les Ploucs’ :

" - Faut qu’elle mange des légume.

- Qué pitié ! Et une jeune fille, encore "

(2) Je viens de constater que si vous êtes un croyant de notre nouvelle religion, vous risquiez d’être bloqué dans une boucle infernale entre vendredi et mardi (mardi renvoyant à vendredi). Je vous laisse donc cette note de bas de page, telle une bouée de secours, pour que vous puissiez vous en échapper en allant directement au mercredi. Maintenant, si vous êtes indécis et que vous changiez d’avis tous les vendredi… allez vous faire foutre.

(3) J’ai curieusement oublié la partie du samedi dans cette comptine des jours de la semaine… Chaque soir, je suis contraint d’inventer une nouvelle rime boiteuse lorsque je la chante à mes enfants… Si par hasard, vous connaissez la phrase originale, merci de me la communiqué !!




[livre] Méchants pingouins !!!

09 09 2008

Mais pourquoi les pingouins prennent-ils autant de place dans la culture nonsense ?

Bon, il faut bien reconnaître que l’idée d’un oiseau incapable de voler et nageant comme un poisson a de quoi titiller le plus fervent défenseur du créationnisme (mais après tout, pourquoi est-ce que Dieu ne déconnerait-il pas de temps à autre ?), mais quand même.

C’est qu’ils sont partout ces sales bêtes ! Ce sont les ‘42’ du monde animal !

Vous ne me croyez pas ?

Dans les Monty Python’s flying circus, quel est l’animal empaillé qui explose sur la télévision de ce petit appartement anglais ? A la psychologie de qui, Robert Benchley a-t-il consacré un livre ? Dans ‘Destin tordu’ de Woody Allen, quelles sont les dernières paroles de Needleman ? Quel créature rempli les vides du cerveau de Dirk Gently, le détective holistique de Douglas Adams ? Et si le pingouin est absent des ‘Dirty Beasts’ De Roald Dahl, quel est le nom de la maison d’édition qui a publié ce livre ?

Ah ahhhh !!!

Notez que nous l’avons échappé belle. Je viens de m’offrir un livre qui nous offre une vision apocalyptique de ce que le monde aurait pu devenir si les pingouins révélaient leur personnalité démoniaque.

‘Méchants pingouins’ (1) est un livre imaginé et dessiné par Elia Anie, photographe naturaliste qui a passé une bonne partie de sa vie a étudier les pingouins aux quatre coins du monde (enfin, au moins aux coins où ils y a des pingouins…)

Ce petit recueil de dessin est édifiant !

Ces sales bêtes sont partout et répandent leur fiel dégoulinant avec une cruauté sans pareille.

Quelques exemples :

 

Ce livre possède au moins le mérite d’éclairer les dernières paroles énigmatiques de Needleman susnommé : « Non, merci, pas un pingouin, j’en ai déjà un ! »

--

(1) J’ignore si ce livre est publié en francais et quel en est le titre éventuel, je me contente d’une traduction libre de la version suédoise que je possède ‘Onda pingviner’. Notez qu’il s’agit d’un recueil de dessins sans légendes que vous pouvez dès lors vous procurer dans n’importe quelle langue.




[livre] Fantasia chez les ploucs de Charles Williams

08 09 2008

-          Catégorie ‘Littérature’

-          Je prends la main Bruce

-          Moi c’est Julien

-          OK, compris Batman (le candidat fait un clin d’œil complice à un animateur médusé)

-          TOP. Auteur américain, il publie de nombreux romans dont plusieurs seront consacrés à sa passion pour la mer et pour les voyages avant de mettre fin à ses jours…

-          BUZZ. Hemingway !

Mon Dieu, qu’il est bête ce candidat ! D’une part, il ne sait pas que Julien Lepers n’est plus Batman depuis l’arrivée de Christian Bale (on passera sous silence les autres Ersatz du ‘Dark Knight’ qui ont évolué avant et entre ces deux périodes) et d’autre part, il n’a pas lu le titre de ce texte (ce qui lui aurait évité cette humiliation publique).

L’auteur en question est sans doute beaucoup moins connu que le grand Ernest mais il a pourtant publié quelques romans clés dont en particulier un des grands classiques de l’humour noir et nonsense américain : ‘Fantasia chez les ploucs’ (une traduction quelque peu fleurie du titre original ‘The diamond bikini’).

Curieusement, je n’ai découvert cet auteur que récemment et totalement par hasard (je me suis offert ‘Calme blanc’, le roman d’où a été tiré le film du même nom qui rassemblait dans un huis clos des plus efficaces la belle Nicole Kidman avant qu’elle ne se transforme en statue de marbre, l’inquiétant XXX et le beau Billy Zane. Par la suite, je n’ai pas résisté à une recommandation de Manu de chez Slumberland à Louvain-la-Neuve dont le goût pour les bonnes choses n’est pas à démontré lorsqu’il à mis en exergue ‘Fantasia chez les ploucs’).

‘Fantasia chez les ploucs’ est une petite perle sortie en 1956 dans laquelle on retrouve le jeune narrateur, un petit gamin diablement intelligent, qui observe avec les yeux de l’innocence les arnaques organisées par son paternel et son oncle Sagamore, sorte de génie de la magouille vivant dans une petite ville de bouseux intemporelle. Le résultat est une sorte de ‘Sheriff fait moi peur’ qui aurait été co-écrit par John Irving et Woody Allen.

Le point culminant de cette histoire truculente étant une chasse à l’homme – ou plutôt une chasse à la femme – orchestrée par les deux frères dont je vous laisse apprécier l’annonce d’origine :

« RECOMPENSE

JEUNE NUDISTE

PERDUE DANS LES MARAIS !

RECOMPENSE ! $ 500. RECOMPENSE

MISS CAROLINE TCHOU-TCHOU.

 

REINE DU STRIP-TEASE

PERDUE

Cinq cents dollars de récompense à qui ramènera saine et sauve Miss Caroline Tchou-Tchou, reine du strip-tease, du ballet de bulles et de la danse du ventre, qui s’est égarée dans la brousse, aux creux d’un torrent désséché proche de la forme Noonan, à huit kilomètres au sud de la ville de Jerome, compté de Blossom.

Miss Caroline a disparu depuis dix-sept heures, mardi soir, lorsqu’elle a été surprise et attaquée par des gangsters qui ont tiré sur elle plusieurs coups de feu alors qu’elle nageait dans le lac proche, vêtue seulement d’un cache-sexe. On sait qu’elle a pu s’échapper dans le sous-bois, mais du fait qu’elle n’a pas de vêtements sur elle, sa situation ne devrait pas tarder à devenir pénible.

Signalement : Buste 92,7 cm Taille 61 cm Hanches 91,5 cm

Gagnante de trois concours de beauté, vedette de ballets aquatiques à seize ans, ex-mannequin, reine du festival aquatique en 1955, ravissante, adorable brune aux yeux bleu azur et aux cheveux noir corbeau. Dix-neuf ans. Beauté satinée tout entière délicatement dorée par le soleil. Reconnaissable à un tatouage en forme de liseron qui s’enroule autour de son sein droit avec une petite rose en son milieu.

PRIERE DE NOUS AIDER A RETROUVER CETTE JEUNE FILLE ! »

Une telle annonce ne peut que réveiller l’altruisme qui ha-bite en chacun de nous (mais comme dit l’oncle Sagamore, une petite lueur de malice dans les yeux : « Faut faire tout notre possible pour aider. ») et je vous laisse découvrir l'origine et les conséquences de cette folle histoire.

Charles Williams a écrit une suite à ce roman, ‘Aux urnes les ploucs’ dont je vous parlerai à l’occasion.

 




[livre] Les moutons Ecossais ne cassent pas de briques

22 08 2008

Si les androïdes ne rêvent pas de moutons électriques, les moutons écossais, eux, ne cassent pas de briques. C’est en tout cas ce qu’affirment Philippe Fournier et Owen Dowling dans un roman au titre qui le rend inévitable.

                Il faut dire que j’en venais á en douter de ma santé mentale. Ces derniers jours, j’ai visité de nombreuses librairies sans acheter un seul volume. Tel mon ami Dexter perdu sans son passager noir dans le nullissime Dexter in the dark de Jeff Lindsay, je m’inquiétais. Le fait que je venais de terminer les 96 caisses de livres (my precious bibliothèque) pour qu’elles partent vers la Suède qui allait devenir mon logis pour quelques années de plus pouvait passer pour une circonstance atténuante mais quand même.

                Quel bonheur de craquer devant un petit volume joliment coloré présentant un ogre la bouche grande ouverte et dévorant une fille à grand renfort de ketchup (une belle illustration de Tatjana Mai-Wyss qui n’est pas sans rappeler les dessins de Tim Burton, en particulier dans La triste fin de l’enfant huitre). Un pauvre livre perdu dans une caisse de volumes soldés.

                Sa lecture (délaissant dans la foulée les autres livres que je lis en ce moment) m’a fait découvrir que Les moutons écossais ne cassent pas de briques est un manifeste démontrant que l’humour nonsense a encore de belles heures devant lui en francophonie.

                Ce petit recueil d’histoires plus délirantes les unes que les autres rassemble de nombreux éléments clés du nonsense et des moments d’une douce absurdité qui confine au génie (1). Je ne vous parlerai pas des moutons écossais, des poissons rouges amnésiques ou des cavaliers au poney, je vais me contenter d’un exemple tiré de la nouvelle Le plan secret de Galaad, qui nous rappelle, si besoin est, que Camelot est vraiment « such a silly place » :

« - Vraiment, Lancelot, vous jouez pire que Merlin, aujourd’hui ! s’exclama-t-il.

Tout le monde éclata de rire, même les chevaux. A cet instant, il est utile d’expliquer que les chevaliers jouaient au poker sur leurs chevaux, buvaient du thé sur leurs chevaux et faisaient même le saut à l’élastique sur leurs chevaux. Et ils portaient aussi leur armure complète. ‘Il faut toujours être prêt à défendre le royaume !’, disait Arthur entre deux tasses de thé.

Un des chevaliers se demandait : ‘Défendre le royaume contre quoi ? Les bonbons qui font mal à la gorge ?’ Ce chevalier s’appelait Galaad. Et tout d’un coup, après deux mois passés à jouer au poker et à boire du thé, il se rendit compte qu’il s’ennuyait. Il finit son thé, en prenant garde de ne pas le laisser dégouliner dans son casque et dit :

- Veillez m’excuser, chaps, je crois que je vais aller à la recherche du Graal !

Plusieurs chevaliers, et aussi les chevaux (certains jouaient au poker et buvaient du thé), bredouillèrent de surprise. Le roi Arthur tomba de son cheval, ce qui emmena le chevalier Fournier à tomber du sien, ainsi que Lord Percy. Ils tombèrent tous comme des dominos blindés.

- A mon avis, continua Galaad, ce sera une aventure intéressante. C’est bon pour la santé de prendre l’air !

- Bon pour la santé ? C’est surtout plus dangereux que de se promener à cheval sans airbag ! cria Arthur. Et connaissez-vous seulement la direction du Graal ?

- Oui ! fit un cheval.

- Bof, c’est simple, dit Galaad. Un vieux sage d’Istanbul, aveugle et unijambiste, m’a donné un plan secret. D’accord, il a tendance à se coiffer d’une perruque guadeloupéenne, mais j’ai confiance en lui… »

Si cet extrait ne vous a pas convaincu, sachez qu’un des auteurs ne se lave jamais les cheveux et l’autre vénère les corn-flakes.

                Quoi qu’il en soit, ce livre aura au moins réussi le tour de force de me faire reprendre la plume dans le chaos qu’est ma vie en ce moment. Et ce n’est pas rien (« C’est pas faux ! »)

 

(1) Pour preuve, des phrases telles que « C’est un type en mobylette qui m’a ramené. Les mariages de super héros, c’est bien mais c’est crevant. » ou encore « Hélène était la plus belle fille que j’ai jamais vue. Sa barbe était blanche, petite et mignonne, ses oreilles longues et un peu pointues, son ventre gros et ferme. », très différente du « Tu me dis que tu m’aimes, tu me dis que tu n’es pas indifférent, et puis tu m’encules et tu écris cette merde ! » tiré (si j’ose dire) du génial 1974, premier volume de la tetralogie du Yorkshire de David Peace.




[humeur] Alors, une fois j’ai vu un chien...

06 08 2008

Ma fille est très friande d’histoires. Plusieurs fois par jour, elle me demande de lui raconter des histoires, vraies ou imaginaires, avec de préférences une bonne dose de nouveauté à chaque fois. Je dois, pour cela, plonger dans mes souvenirs, piocher dans les classiques ou encore faire preuve d’imagination.

Aujourd’hui âgée de trois ans, elle se met à raconter ses propres histoires en s’inspirant de son propre imaginaire , produit délirant de toutes les histoires que je lui raconte.

Une belle illustration du fait que le nonsense est avant tout un retour intellectualisé vers l’enfance.

Un petit exemple

« Alors, une fois j’ai vu un chien. Il était ENORME. Il était grand jusqu’au ciel. Il s’appelait aussi Poudy (1).  Il faisait caca partout. Alors, un jour, il voit un Monsieur qui lisait des journaux et tu sais quoi ? Il lui a fait caca sur la tête ! (2) Il a mis la main dans ses cheveux et il a fait « beeeeeekkkkk, c’est horrrrrible ».

Alors, des voleurs ont cassé une vitre pour voler les affaires dans ma chambre (3). Et tu sais ce qu’il a fait Poudy ? Il les a mangé…  aaaaaarrrrrmmmmm  (4).

Alors, le chasseur est arrivé, il a prit un grand couteau, il a coupé le ventre de Poudy, sortit les voleurs et l’a recousu. Ensuite, on était bien tranquille. »

Une histoire de ma fille, c’est comme un rêve. On prends des éléments connu et on en fait une soupe á la sauce absurde.

Je crois que je suis assez fier de moi, sur ce coup là…

REFERENCES

(1)    Cette partie provient certainement de l’histoire de mon chien Poudy. Celui-ci était un vrai fauve qui défendait son territoire crocs et griffes. Plutôt intimidant, il n’a avoué la défaite que devant Tom, un croisé bouledogue-Saint Bernard devant lequel il est partit la queue entre les jambes. Preuve qu’il n’était pas stupide.

(2)    On voit ici clairement l’allusion au livre « De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête » de Holzwarth & Elbrukh.  Celle-ci est amalgamée avec celle de Poudy qui, comme bien des mâles, avait tendance à pisser aux quatre vents. Il a, entre autre, pissé dans un magasin de journaux et sur les jambes d’un pauvre gars qui regardait passer les voitures sur un pont (une activité plus dangereuse qu’il n’y parait).

(3)    Poudy était le chien de garde attitré de la creperie de mes parents quand j’étais enfant. J’ai raconté à ma fille comment  il avait été héroïque en faisant fuir des voleurs qui avaient cassé une vitre pour tenter de piquer la caisse.

(4)    Le thème de dévorement est présent dans de nombreuses histoires, des trois petits cochons au petit chaperon rouge en passant par « Le bon gros géant » de Roald Dahl. Ma fille, qui semble présenter des tendances psychopathes marquées (l’autre jour elle me proposait de tuer des vaches ensembles pour prendre leur viande) ne semble pas éprouver le moindre problème avec cela. Le concept de perte de son doudou semble être beaucoup plus dramatique.




[livre] A tire-d’aile de Roald Dahl

31 07 2008

Il y a de nombreuses raisons qui poussent un écrivain à prendre la plume et la guerre a été le déclencheur pour nombre de grands auteurs.

Roald Dahl fait partie de ceux là.

C’est un texte, à cheval entre réalité et fiction, décrivant son expérience dans la RAF au cours de la seconde guerre mondiale qui lui fera comprendre qu’il peut vivre de l’écriture. Il se lance alors dans une carrière de noveliste produisant des œuvres provocatrices et terriblement drôle telles que Mon oncle Oswald ou encore La grande entourloupe.

Ce n’est que plus tard, alors que marqué par la mort de sa femme, et devant prendre en main seul l’éducation de ses enfants, qu’il se lance dans la littérature pour la jeunesse avec les romans qui feront sa renommées : Charlie et la chocolaterie, Le bon gros géant, Sacrées Sorcières, Mathilda, James et la grosse pêche, etc.

Si vous avez envie de découvrir les premiers balbutiements de l’auteur, il est essentiel de lire le recueil de nouvelles A tire-d’aile, compilation de texte autour des thèmes de la guerre et de l’aviation. Ce livre est particulièrement intéressant à lire à la lumière de son autobiographie Escadrille 80 (faisant suite à Moi, Boy racontant son enfance).

Dans ces récits, on découvre un écrivain en herbe, piochant abondement dans son vécu pour se faire la main et par la suite pouvoir se détacher de sa réalité pour raconter des histoires, qu’elles soient pour adultes ou pour enfant.

A tire-d’aile n’est pas son meilleur livre, mais il permettra au lecteur de comprendre un peu mieux son auteur. Un personnage touchant, entier et diablement amusant.




[livre] The beach

29 06 2008

Si un jour le hasard porte vos pas dans le village suédois de Fiskebäckskil et que par un hasard encore plus extraordinaire la boulangerie Grandströms est ouverte, vous pourrez y découvrir une petite bibliothèque portant l'inscription « Byt din bok » (« échangez votre livre »).

Vous y trouverez un échantillon de livre laissez principalement par la famille propriétaire des lieux mais aussi d'autres laissés par les nombreux touristes de passage dans la région.

La grande majorité de ces livres sont des romans en suédois.

Ce matin, on pouvait y trouver un livre d'un enfant du pays, Henning Mankell, la trilogie de la « Bicyclette bleue » (« Den Blå Cyken ») de Régine Desforges ou encore le magnifique « Gone baby gone » du génial Dennis Lehane.

Parmi les quelques rares ouvrages en anglais, se trouvait un roman d'Alex Garland, « The beach », un livre présent depuis la ré-ouverture de la boulangerie et boudé par les échangeurs de livre. Il s'y trouve encore aujourd'hui et gardera sa place sans doute encore longtemps.

Il y a quelque chose d'ironique à cette sédentarité.

En effet, « The beach » est un roman de voyage, une ode á ce tourisme bohème de la jeunesse, à cette recherche du paradis perdu et inviolé. En étant oublié dans ce village, véritable réserve naturelle du tourisme de nanti, il connaît une nouvelle humiliation après sa fade adaptation au cinéma par le pourtant créatif Danny Boyle.

Vous l'avez compris, ce petit texte est une carte, placée dans une bouteille et jetée à la mer, une mer virtuelle.

Vous avez maintenant la possibilité de retrouver ce livre et de le libérer de sa prison.

Vous pourrez alors lire un livre que j'ai lu, comprendre LE livre que j'ai lu et qui porte encore les stigmates de mon passage sous la forme de pages cornées aux endroits qui ont éveillé des émotions ou réveillé de vieux souvenirs.

« I want to do something different, and everybody wants to do something different. But we all do the same thing. » (p19)

« I felt like I'd been living there all my life. » (p. 115)

« I don't keep a travel diary. I did keep a travel diary once, and it was a big mistake. All I remember of that trip is what I bothered to write down. Everything else slipped away, as though my mind felt jilted by my reliance on pen and paper. For exactly the same reason, I don't travel with a camera. My holiday becomes snapshots and anything I forget to record is lost. Apart from that, photographs never seem to be very evocative. When I look through the albums of old travelling companions, I am always surprised how little I'm reminder of the trip.

If only there were a camera that captured smell. » (p. 201)

« As first I could see nothing but the distrurbed water and reflected moonlight from where Keay had vanished. Then, as the water settled, I began to see light below the surface. A milky glow at first that separated into thousand tiny stars, next becoming a slowly moving meteor trail behind the brightest cluster. » (p. 250)

Et cette description qui est particulièrement amusante à lire lorsque l'on traîne en Suède depuis quelques temps:

« I often picture him, trying to guess what he's doing at this moment or that. All the image resolve around him having a normal life, and loose impression of what a normal life might be in Sweden. Skiing, eating, working in an office, drinking with friend in a bar. An oak-panelled bar with moose heads and hunting trophies on the walls, for some reason. » (p. 388).

« The beach » est un pur produit de la pop culture. Une satire du routard en quête d'authenticité, cherchant l'impossible paradis perdu.

On y retrouve Richard, un bourlingueur anglais, fraîchement arrivé en Thaïlande, des images de Vietnam plein la tête, un Vietnam romantique inspiré par les nombreux films sur la guerre qui a ravagé ce pays. Il se retrouve en possession d'une carte pour un lieu mythique, la Plage. Il se lance alors, en compagnie d'un couple de Français, dans un voyage initiatique en utopie, passant de paradis en enfer, affrontant ses démons et découvrant la nature humaine à grand coup de cicatrices.

Une allégorie légère sur le tourisme avec d'audacieux détours dans la culture pop des années 70-80.

Un livre pour les amoureux de voyages. Un livre pour les trentenaires. Un livre à lire avec un petit joins au coin des lèvres. Un livre à prendre dans son sac-à-dos.

Un livre qui n'attend que vous, dans une petite boulangerie perdue sur la côte ouest de la Suède.

Si d'aventure vous vous lancez dans cette aventure, n'oubliez pas de me faire signe. Je ne suis pas bien loin.




[musique] Elle est nulle ton histoire !

20 04 2008

 « Lay-laaaa, got me on my knees, Laylaaa »

- Tu peux mettre autre chose ?

- Quoi ? Tu n'aimes pas ?

- Ouais, ça va, mais bon...

- Ca va ?!? C'est tout ce que tu trouves à dire d'une des plus belles chansons d'amour de tous les temps ?

- Ouais, bon, faut pas exagérer non plus... C'est juste encore un de tes trucs de fossile qui te rendent nostalgique...

- Mais elle a une putain d'histoire cette chanson !

- Pfff... c'est encore repartit pour un tour...

- Tu connais Eric Clapton ?

- Le vieux qui joue de la guitare ?

- (...)

- Ouais, ouais...

- Dans les années soixante, Eric Clapton était très copain avec Georges Harrison et...

- Georges qui ?

- Tu ne connais pas Georges Harrison ???

- Je devrais ?

- Mais bon Dieu, c'est un des Beatles avec Paul McCartney, John Lenon et Ringo Star...

- Ils ne sont pas tous mort depuis le temps ? Et tu rigoles ? Il y a un gars qui s'appelle Ringo Star ?

- Oui et je parie que tu as déjà entendu parler de son fils, Zak Starkey !

- Le blondinet dans « Sauvé par le gong » ?

- Noooon, le batteur d'Oasis ! Le neveu de Keith Moon qui le remplace pour le concert des The Who...

- (...)

- Bref, Clapton et Harrison étaient très copain mais le malheur a voulu que Clapton tombe amoureux de Pattie Boyd, la femme de Harrison. Clapton en est bleu. Ils ont une petite aventure mais cela ne va pas beaucoup plus loin. Un jour, Clapton lit « L'histoire de Layla », un conte Perse, et il fait immédiatement le rapprochement entre ce poème racontant la triste histoire d'une princesse qui est marié contre son grès à un homme qui n'est pas celui qu'elle aime et qui finit par sombrer dans la folie. Il écrit alors cette belle chanson, « Layla » qui est un hommage évident à son amour pour Pattie. Une fois la chanson terminée et chantée avec son groupe de l'époque, Derek and the dominos, il invite Pattie Boyd, lui offre un exemplaire du bouquin et lui fait écouter la chanson.

- Elle craque, ils se marient et eurent beaucoup d'enfant. Je peux changer de canal maintenant ?

- Pas du tout. Elle se rend compte que cela parle d'elle, qu'il s'agit d'une déclaration de l'amour de Clapton au monde entier. Elle prend peur et refuse de quitter son mari. Clapton se met alors à déprimer, le rejet de Pattie et le fait que la chanson ne décolle pas immédiatement dans les charts font qu'il plonge dans l'alcool et la drogue (ce qui sera sûrement une inspiration pour d'autres de ses chansons, comme « Cocaïne »).

- Quoi ? Elle est nulle ton histoire !

- En fait, ils vont bien finir ensemble mais quelques années plus tard. Ils se marieront mais ne seront pas très heureux. L'histoire se termine rapidement par un divorce. Comme quoi, les obsessions ne sont pas toujours gagent de succès. Enfin, il lui écrira une autre petite perle, « Wonderful tonight », je te ferai écouter à l'occasion.

- Super... pffffff 

« Angieeeee Aaaaannngie, when will those dark clouds disappeeaaaaar »

- Merde... encore une autre chanson de vieux croulant...

- Quoi ? Les Stones des vieux croulants ? Et tu n'aimes pas « Angie » ?

- Tu ne vas pas me dire qu'il y a encore une belle histoire d'amour torturé derrière ce truc ?